Soirée-débat du 1er juillet 2004 avec Christian BLANC Jeudi 1er juillet,
Anne-Marie COMPARINI avait convié
M. Christian BLANC, Député des Yvelines et ancien PDG d'Air France, pour une soirée débat sur le thème "La France est-elle réformable?".
Anne-Marie COMPARINI et Christian BLANC à la tribune.
M. Christian BLANC Plus de 320 personnes s'étaient réunies pour évoquer l'avenir de la France. Divers thèmes ont été abordés par Christian BLANC, notamment le bilan du gouvernement Raffarin, la réforme du service public, le service public minimum, la réforme de la Sécurité Sociale, et plus généralement, l'esprit de réforme en France.
Madame COMPARINI a elle aussi lancé plusieurs pistes de réflexions et d'action. Voilà le texte de son intervention: "Mesdames, Messieurs, Je suis très heureuse de vous accueillir aussi nombreux ce soir. Au cours de l’année, de nombreuses réunions nous permettent de nous voir. La rencontre de juillet a un caractère particulier. Certes, j’y fais le point sur les grands dossiers, que d’ailleurs vous pouvez suivre dans mon journal ou sur mon site. Mais surtout, elle est importante, parce que nous recevons le grand conférencier de l’année. Et je remercie Christian BLANC d’avoir accepté mon invitation pour débattre avec nous de la réforme en France. Comme vous le savez, je ne me résigne pas à l’époque d’indifférence aux problèmes collectifs, à la période de non choix dans laquelle nous vivons. Et sans faire preuve d’angélisme, je crois essentiel de favoriser le débat, de faire circuler les projets avant qu’ils ne se concrétisent. Pour atteindre cet objectif, il faut fournir des réflexions sur les problèmes de fond que rencontre notre pays, avec l’espoir qu’ainsi vous serez- ce qui est légitime- associés aux changements. Nous le ferons ce soir avec Christian BLANC. Je suis très heureuse de sa venue à Lyon, je partage avec lui la même conception de l’engagement politique. Pour « piloter » efficacement notre communauté nationale, atténuer les transitions avec leur lot d’incertitudes et d’inégalités, et engager les réformes, il faut savoir surmonter les divergences partisanes qui limitent leur portée: l’opinion publique a bien compris d’ailleurs que droite et gauche s’opposent par principe ou par stratégie d’écuries présidentielles ! Cette voie de la transparence et de la cohérence, c’est celle qui guide les élus de l’UDF depuis deux ans. Que ce soit sur des projets de loi ou au cours de campagnes électorales, nous voulons: -
être sincère dans les constats, et ce d’autant plus que notre situation financière nous place le dos au mur et rend inévitable la réforme. Ne nous voilons pas la face. L’ampleur de la crise- qui n’est pas nouvelle- est une préoccupante bombe à retardement. Elle concerne :
notre vie démocratique comme en témoigne l’inquiétant taux d’abstention des dernières élections. Un taux qui montre d’ailleurs que depuis avril 2002, rien n’a changé pour nos concitoyens et que le lien politiques - citoyens n’a toujours pas retrouvé le chemin de la confiance
nos finances publiques. La France est écrasée sous le poids des déficits considérables et d’un endettement qui ne cesse de croître. Qu’on ne s’y trompe pas. L’endettement, ce n’est pas qu’une ligne inscrite au bas d’un document comptable. A un tel niveau, 1 000 milliards d’euros- c’est le déclin. Un pathétique déclin que nous payons chèrement en terme de chômage.
Notre capacité à créer de l’activité. Les problèmes structurels (fiscalité, dépenses sociales) sont si pesants qu’ils nous empêchent d’investir dans les hommes et leur formation ; dans la recherche et l’innovation, dans de nouvelles stratégies industrielles. Et là nous le payons en terme d’attractivité et de rayonnement de la France.(Cf : rapport de C.BLANC) Pour ma part je prendrai deux exemples : 1)
la journée supplémentaire de travail pour financer la politique en faveur des personnes âgées. Le Groupe UDF a voté contre. Non pas contre les personnes âgées. Mais contre la manière d’aborder cette question importante. Ce que j’appellerai la mascarade du Lundi de Pentecôte. Si nous voulons – comme nous le souhaitons tous- plus de moyens financiers pour assurer un traitement digne de nos anciens, il faut travailler plus. Mais alors disons le clairement. Les 35 heures ne nous permettent plus d’assurer le poids croissant des personnes âgées dans notre société. Il n’y a là rien d’extraordinaire. Regardez en Allemagne, des entreprises portent à 42 heures la durée du travail. L’autre piste que j’évoque souvent avec vous, c’est l’instauration de la TVA sociale, une taxe sur les produits importés de Chine qui ne respecte pas les règles de concurrence internationale, taxe qui nous permettrait de financer nos systèmes de solidarité en Europe. 2)
L’assurance maladie. Nous allons examiner la 18 ème réforme de l’assurance maladie, qui connaît aujourd’hui un nouveau déficit annuel record d’environ 14 milliards d’euros. Certes, le projet de loi propose des outils nouveaux intéressants (le dossier médical personnel, le passage obligatoire chez le médecin généraliste). Mais les options d’avenir (meilleure qualité de soins , modernisation de la médecine de ville, amélioration du fonctionnement des hôpitaux…) ne sont pas évoqués et surtout, la dette cumulée (50 milliards d’euros) est reportée sur les générations futures. Choix égoïste et inacceptable. Vu l’ampleur de la crise de notre système de santé, c’est une réforme d’une autre ampleur qu’il faut envisager, le temps des réformettes ou des rustines doit être révolu ! -
Nous voulons aussi être cohérents dans nos propositions, car il s’agit bien aujourd’hui de réformer notre Pays, en proposant un nouveau modèle économique lié à un projet social. Cessons de croire que l’économie est désincarnée. Elle est là pour l’emploi. Pour les Hommes. Sans faire preuve de pessimisme exagéré, ni d’optimisme béat, à la question la France est-elle réformable ? je réponds qu’elle n’a pas le choix Mais en plus, je reste persuadée que les Français ne sont pas allergiques aux réformes. Il est donc possible : -
de diminuer les dépenses publiques qui, depuis 1999, augmentent trop vite. La France serait-elle la seule en Europe à ne pas réduire son train de vie ? -
de traiter, au fond, nos régimes sociaux. Il en va de la solidarité à l’égard de ceux qui sont touchés par les fléaux que sont le chômage, la précarité ou la dépendance du grand âge. -
de réduire les charges, notamment celles qui pèsent sur les bas salaires. -
de soutenir l’investissement et les efforts de recherche. La France est si fragile en ces domaines. -
de mettre en place des stratégies industrielles, qui apportent réponse à la désindustrialisation ou la délocalisation. Mais certaines conditions doivent être remplies. Il faut en effet que les changements soient : -
justes : équitablement répartis pour être admis par une majorité -
Partagés : Avec vous, informés sans tabous comme nous essayons de le faire. Depuis 20 ans, on n’explique pas assez et devant les réactions épidermiques de l’opinion, les gouvernements reculent. Avec les partenaires sociaux. Ils ont toute leur place. Il ne faut pas renoncer aux vertus du dialogue social, mais ils doivent intégrer la culture du changement dans leur réflexion. -
Assumés. La véritable réforme prend du temps et exige humilité et ténacité de la part de ses promoteurs. Le gouvernement doit savoir fixer à terme le point d’arrivée et « récompenser » les efforts de ceux qui y auront participé. Le malaise actuel vient d’ailleurs de cette lacune. Les efforts demandés aujourd’hui à l’Etat, en fait, ne sont pas plus lourds que ceux –remarquables- accomplis par les Français depuis les années 1970. Ils n’ont pas été immobiles ! La sphère publique oui, au point d’être omnipotent et impuissant dans l’échec scolaire, la réinsertion professionnelle, ou le soutien aux filières innovantes ! Mais voilà, la réalité frappe à notre porte : -
soit nous subissons et la France sera de plus en plus inégale et isolée dans le monde -
soit avec énergie et courage, nous relevons les défis pour rester moteur de l’Europe. Il ne vous étonnera guère que nous choisissions cette deuxième solution. Je vous remercie."