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Discours sur le débat relatif au Conseil européen des 15/16 décembre 2005

 

Séance du Mardi 13 Décembre 2005
Débat sur la déclaration du Gouvernement relative au Conseil européen
des 15 et 16 décembre 2005
Discours d’Anne-Marie COMPARINI au nom du Groupe UDF



Monsieur le Premier Ministre,
Chers collègues,
Dans deux jours, au Sommet de Bruxelles, l’Europe jouera gros : son budget pour les 7 ans à venir devrait y être arrêté.
Nous avons cependant des raisons de douter de son issue.
En effet ce Sommet n’est pas le premier depuis le 29 mai, et à chaque fois, aucun résultat concret, aucune avancée, aucune perspective ne sont sortis de ces rencontres. Si ce n’est la litanie de promesses sur les efforts à entreprendre en matière de recherche-développement, d’énergie, de sécurité.
Bien sur, il faut mettre en œuvre ces politiques. Mais pour le faire on bute toujours sur la même question : l’Europe a-t-elle une volonté politique, des institutions efficaces et démocratiques et surtout un budget commun ?


Or sur ces trois points fondamentaux, la Présidence britannique n’a rien entrepris, si ce n’est d’ouvrir les négociations avec la Turquie, comme si l’élargissement sans fin était sa seule priorité!

Elle n’a rien tenté non plus pour remettre l’union en marche et envoyer ainsi aux Européens le signe qu’il était possible de sortir de cette mauvaise passe. Elle aurait pu, comme je l’ai demandé en juin dernier, au nom de l’UDF, prendre le temps de tirer toutes les conclusions de la crise et de définir avec les dirigeants le contenu d’un nouveau projet européen.
Désormais, à quelques jours de la fin de sa présidence, le Sommet de décembre sera pour le Premier ministre britannique celui de la dernière chance.

L’Europe jouera gros aussi parce qu’il n’est pas question d’accepter n’importe quel budget et n’importe quelles propositions. Or, M. Blair ne revient pas sur le rabais britannique, qui s’expliquait il y a 20 ans alors que le Royaume Uni traversait une crise profonde. Mais qui ne s’explique plus aujourd’hui, le Royaume Uni ayant un taux de croissance qui est devenu pour nous tous, un exemple.
Pire encore, M. Blair réduit le budget proposé par M. Junker, et fait aggravant, baisse les fonds structurels promis aux 10 nouveaux Etats membres dont on connaît les besoins aigus. Ainsi pour emporter l’accord des 25, la présidence britannique est prête à « abandonner » le principe fondateur de la construction européenne : la solidarité.
On est loin d’une Europe forte et solidaire avec cette proposition d’accord de la dernière chance, de signature acquise au « bord du gouffre » - car c’est bien là la stratégie britannique !

Vous l’aurez compris, l’UDF pense que le soi- disant « new deal » pour l’Europe de M. Blair n’est pas acceptable.
Il est à notre sens injuste. Rappelons nous, en 1988 après l’adhésion des pays méditerranéens, les fonds structurels avaient été doublés sans que nul ne s’en émeuve et c’était normal. Aujourd’hui alors que l’écart entre anciens et nouveaux membres est encore plus important, je rappelle que le revenu moyen chez les dix est inférieur de 2 fois à celui des 15, que nous propose M. Blair ? Une « cure d’amaigrissement » comme le dit la Presse d’outre manche ! Pas pour les anciens membres, mais pour les 1O nouveaux. Il aurait été plus juste qu’il l’applique à son pays en renonçant à un rabais vieux de 20 ans.
Il est aussi contraire aux valeurs et à l’histoire européennes. L’exceptionnelle aventure européenne doit sa réussite aux grands mécanismes de solidarité entre chacun des membres. Ces mécanismes ont joué un rôle majeur dans l’édification d’un compagnonnage entre les Etats dont nous pouvons être fiers. Ce n’est pas pour rien que l’Europe est un « aimant » auquel chacun veut adhérer ! Or les propositions britanniques mettent en danger tous les progrès obtenus en remettant en cause à présent, leurs fondements, source de cette chaleur démocratique.

Alors puisque le Sommet de décembre est lourd de conséquences pour l’Europe, et que des débats houleux sont à prévoir, une autre voix doit se faire entendre. Celle de ses fondateurs, au premier plan desquels la France. La France, qui a toujours affirmé à travers ses bâtisseurs européens que l’Union était un investissement pour un modèle de société et de civilisation, même si en 2005, c’est malheureusement elle qui, à travers la voix du Président de la République, a demandé un budget ne dépassant pas 1% du PIB européen.
Aussi, nous attendons du Président de la République - qui siégera à la table des négociations et qui parlera au nom de tous les Français - qu’il réaffirme la vision de l’ « Europe cohésion » que la France a toujours défendue.
Loin de moi l’idée de faire renaître l’ancienne querelle entre l’Europe européenne et l’Europe atlantiste. Mais je crois puisque que M. Blair affiche sa conception, conforme aux intérêts de son royaume, que le Président de la République doit rappeler ce qui a toujours été l’idée française de l’Europe.

Oui, la France doit reprendre la main. Et refaire la course en tête. Elle le peut, d’autant plus que les opportunités pour y parvenir sont réunies.
L’Allemagne à travers Mme Merkel a réaffirmé l’importance du couple franco-allemand. Utilisons cet atout pour retrouver le goût des initiatives communes audacieuses en faveur d’une Europe puissance!
Mais ne soyons pas exclusif ! Jouons aussi la carte latine.
L’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Grèce savent, comme nous Français, que la politique agricole commune et l’apport des fonds structurels ont permis la reconversion de leurs régions et de leurs secteurs économiques. Ils sont en outre concernés de la même manière par la sécurité en Méditerranée et sont en 1ère ligne face au mouvement puissant d’immigration qui s’accentue aux portes de l’Europe. La France peut donc trouver écho auprès de ses partenaires latins pour exprimer cette vision solidaire. Et même davantage, puisque elle est prête à participer fortement au coût de l’élargissement, ce qui n’est pas le cas de Londres qui n’y participera que très partiellement.

Vous le voyez, l’UDF ne veut pas d’une Europe au rabais, qui ne soit que marchande et marchandée. L’Europe n’a pas été créée pour coaliser des Etats, mais pour unir des Hommes dans un esprit de dynamisme et de solidarité. L’UDF forme donc le vœu que cette vision soit au cœur des débats bruxellois.

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