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L’Europe déjà fragilisée est à nouveau affaiblie.

 

L’Europe déjà fragilisée est à nouveau affaiblie.


Quelles que soient les tempêtes référendaires, rien ne change en Europe. Passés les coups de vent, le silence revient, l’ambiguïté reprend le dessus et l’Europe reste sans projet nouveau, ni prise en compte de la sensibilité des citoyens à son fonctionnement ou à son élargissement. D’ailleurs depuis décembre 2004, les conditions d’ouverture des pourparlers d’adhésion de la Turquie à l’Union sont le triste exemple de ces occasions perdues.
Des occasions perdues par manque de fermeté. C’est à l’Europe de dicter les règles de l’union et non aux candidats à l’adhésion. Et pourtant cet été, au moment de la signature du protocole d’Ankara (extension de l’union douanière de la Turquie en Europe aux dix nouveaux Etats membre), la Turquie a indiqué de manière unilatérale que ce texte ne valait pas reconnaissance d’un des états membres. En l’occurrence Chypre.
Le Président de la république française ainsi que les autres chefs d’état ont alors réclamé qu’elle reconnaisse sans exception tous les états membres. Cela paraissait un préalable normal pour un état qui sollicite son entrée dans l’Union. Les rodomontades passées, la Turquie n’a finalement pas été contrainte de le faire avant la date du début des pourparlers le 3 octobre prochain et de surcroît, la Commission, faisant comme si de rien n’était, a renvoyé la vérification de cette reconnaissance à fin 2006 !

Des occasions perdues par l’absence de clarté à l’égard de la Turquie.
Au lendemain du 29 mai, les enseignements de ce scrutin étaient clairs: l’Europe ne se ferait plus sans les peuples, l’élargissement serait mieux contrôlé et il serait admis que les négociations avec la Turquie ne déboucheraient pas nécessairement sur son adhésion mais pourraient prendre la forme d’un partenariat privilégié. Aujourd’hui, que reste- t- il de ces leçons alors que l’Europe s’apprête à proposer l’ouverture de négociations avec pour seul et unique objectif, l’adhésion.

Des occasions perdues par oubli des valeurs qui nous rassemblent. A quelques jours de l’ouverture des négociations, la présidence britannique pour emporter l’accord de tous les états membres et notamment de l’Autriche qui s’oppose aux négociations avec la Turquie tant que le cas croate n’est pas réglé, est prête à « abandonner » le tribunal pénal international qui avait pointé les manquements de la Croatie dans les enquêtes sur les criminels de guerre et conduit au report de l’ouverture des négociations avec ce pays. Peut-on sacrifier les valeurs fondamentales de l’humanisme européen pour qu’un calendrier soit respecté ?

Des occasions perdues à cause de l’absence d’une réelle démocratie.
Chaque élection en France, et maintenant en Allemagne, nous montre avec quelle pertinence les peuples savent indiquer le chemin et les orientations qu’ils veulent voir prendre par leurs gouvernants. Le Président de la République avait dit : « les français auront leur mot à dire sur l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne ». Il nous a donc promis un référendum au terme du processus de négociation. Un référendum qui tombe trop tard pour que le peuple français puisse réellement faire entendre sa voix. A l’issue de dix ou quinze ans d’âpres négociations, qui peut croire en effet que nos concitoyens pourraient s’opposer à l’entrée de la Turquie ? Qui peut estimer raisonnable et responsable de risquer alors d’opposer le peuple français au peuple turc ?

A l’UDF, ce n’est pas notre vision. Depuis longtemps nous nous opposons à l’entrée de la Turquie dans l’Union et nous affirmons que l’Europe d’aujourd’hui ne se sauvera pas par un élargissement sans fin : sa taille ne vaut pas projet ! Elle se sauvera par la puissance de la vision qui l’anime. Une vision dont elle a un urgent besoin en ce 21ème siècle et qui lui fait aujourd’hui cruellement défaut alors qu’elle est affaiblie et que le risque est grand de détruire, de « détricoter » comme le dit si justement René Rémond, soixante années d’efforts patients menés par les bâtisseurs de l’Europe, et de restaurer les égoïsmes nationaux et les marchandages.

Dès lors, une autre solution s’offre à elle : attendre que le sommet « en tête à tête » qui réunira les 27 et 28 octobre prochain les 25 chefs d’état membres, ait tiré toutes les conclusions de la crise, défini le contenu du nouveau projet européen, ses actions et ses moyens, tracé ses frontières -ses limites- et établi des perspectives qui permettent un fonctionnement plus démocratique et une politique de voisinage avec les grands ensembles qui l’entourent.
Un tel défi mérite autre chose que de la précipitation et du renoncement !

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