Paru le : 05/06/2007
1ère circonscription du Rhône
"Une fidèle de Barre en danger"
Lyon (Rhône)
AU VOLANT de sa Polo grise, elle soupire dans les embouteillages : « C'est ça, les bouchons lyonnais ! » Elégante veste blanc et noir, silhouette menue, Anne-Marie Comparini a pourtant l'habitude des obstacles. Mais cette fois, la députée sortante UDF, élue en 2002, risque de payer très cher sa fidélité à François Bayrou : « Sur le papier, c'est vrai que je ne suis pas du tout certaine d'être élue. Mais je reste fidèle. On n'abandonne pas ses valeurs comme ça, au lendemain d'un dimanche électoral. »
Dans sa circonscription, Nicolas Sarkozy a obtenu 52,3 % au second tour. Ancienne attachée parlementaire de Raymond Barre, qui reste ici une icône, Anne-Marie Comparini s'était opposée en 1999 à un accord entre Charles Millon et le Front national, devenant présidente du conseil régional Rhône-Alpes avec l'appui de la gauche. Cette fois, elle dément fermement tout accord avec la gauche qui aiderait à la faire élire dans la perspective d'une réciprocité aux municipales : « On veut brouiller notre message.
Pourquoi tomberions-nous subitement dans les bras de la gauche ? Nous étions libres pendant la présidentielle. Nous le restons. »
Sonny Anderson soutient la gauche Elle se réfère d'instinct à son ancien patron : « Déjà, en 1981, Raymond Barre plaidait pour la vigilance constructive face à François Mitterrand. A l'époque, je vous assure que ça décoiffait de dire que l'on pourrait voter certaines de ses mesures. Aujourd'hui, il y a comme un raccourci de l'histoire ! Si le gouvernement Sarkozy prend de bonnes décisions, nous les soutiendrons. Si ce n'est pas le cas, nous le dirons. »
Elle appelle Michel Havard par son prénom, mais elle n'a pas apprécié que le candidat de l'UMP se prévale dans sa profession de foi du soutien de 23 anciens députés UDF ralliés à Nicolas Sarkozy. Plusieurs d'entre eux lui ont d'ailleurs fait savoir qu'ils n'avaient jamais signé de tels soutiens. Havard a fait retirer les signatures litigieuses : « Je n'ai pas voulu entrer dans une polémique qui, pour reprendre une formule chère à Raymond Barre, n'intéresse que le microcosme », explique-t-il avec humour. Secrétaire départemental de l'UMP, 40 ans, il fait campagne « pour donner une majorité au président » et s'étonnerait d'un soutien de la gauche à Comparini : « Ce serait un curieux signe de faiblesse pour le maire de Lyon, Gérard Collomb. C'est comme si, à Paris, Bertrand Delanoë retirait des candidats PS face à ceux de Bayrou. »
18 heures, retour dans la Polo. Un coup de peigne, et la députée rejoint le nouveau stade Sonny-Anderson que l'on inaugure. Son rival le PRG Thierry Braillard (soutenu par le PS) est déjà là. Et pour cause : l'adjoint au sport de Collomb a reçu le soutien de l'ex-avant-centre de l'Olympique lyonnais, venu couper le ruban tricolore. Braillard mise sur une triangulaire au second tour, où il pense devancer Comparini : « Si Bayrou va au bout de sa logique d'indépendance, il demandera à sa candidate de se maintenir. » Dès lors, la 1 r e circonscription de Lyon sera celle que tous regardent comme une préfiguration des municipales où le duel Collomb-Perben sera arbitré par le centre.
Martine Chevalet