A l'Assemblée, haro sur la présidence britannique
PARLEMENT A deux jours du sommet européen de Bruxelles, Dominique de Villepin ouvre cet après-midi à l'Assemblée un débat – non suivi d'un vote – sur l'avenir de l'Union européenne et sur son budget.
Sophie Huet et Bruno Jeudy
[Le Figaro, 13 décembre 2005]
TOUS CONTRE les Britanniques ! De l'UMP au PS en passant par les amis de François Bayrou, l'ensemble des députés français exprimeront cet après-midi le même jugement : «La présidence britannique fait des propositions inacceptables sur le volume du budget européen, en baisse, et sur la forte réduction des fonds structurels alloués aux dix nouveaux pays, qui est en contradiction avec les valeurs de solidarité», fait valoir Anne-Marie Comparini, la porte-parole du groupe UDF dans ce débat.
Comme il s'y était engagé en arrivant à Matignon, le premier ministre vient défendre la position française, à la veille de ce sommet à haut risque. Pierre Lequiller, président de la délégation européenne à l'Assemblée, résume l'enjeu : «S'il n'y a pas d'accord sur le budget européen, l'Europe sera plongée dans la crise. Les Anglais veulent se livrer à un chantage inacceptable sur les pays entrants pour sauver le chèque britannique, qui ne se justifie plus étant donné la bonne santé économique de ce pays.»
Plus nuancé, l'ancien ministre des Affaires étrangères Hervé de Charette (UMP) considère qu'il «vaut mieux qu'il n'y ait pas d'accord plutôt qu'un mauvais accord». Le porte-parole de l'UMP dans ce débat juge en effet que «la proposition britannique est trop faible pour payer le coût de l'élargissement». Hervé de Charette attend du gouvernement une attitude de fermeté sur la défense des intérêts de la France en matière agricole. Un sujet qui semble faire consensus.
Londres «ne peut s'exonérer»
L'ancien ministre socialiste Jean-Louis Bianco ne dit pas autre chose : «Il vaut mieux renoncer à un accord plutôt que de conclure un accord pour une petite Europe, avec un budget établi à 1% de la richesse européenne». «Il faudrait porter ce budget à 2% pour qu'il soit utile au financement de la Pac, mais aussi au développement des pays les plus pauvres ou des zones rurales», argumente le député PS des Alpes-de-Haute-Provence.
Dominique de Villepin devrait apporter une nouvelle fois cet après-midi des «garanties» sur la pérennité des aides versées aux agriculteurs français sur la période 2007-2013. Le gouvernement français est d'autant plus déterminé à «défendre les intérêts de la France» que le premier ministre a affiché son intention de «prendre en compte les inquiétudes et les aspirations des Français» après la victoire du non au référendum du 29 mai. Ministre délégué aux Affaires européennes, Catherine Colonna, qui a emmené récemment une délégation de parlementaires français à Bruxelles, a rappelé dans Le Figaro (voir nos éditions du 10-11 décembre) que chaque Etat membre «doit prendre sa juste part» au financement de l'élargissement. Selon Catherine Colonna, «si le chèque britannique restait inchangé, cela conduirait le Royaume-Uni à s'exonérer» de ce financement, ce qui «n'est pas acceptable».
De la même façon, le président de la commission des affaires étrangères, Edouard Balladur , estime que «la France a consenti à des efforts. C'est au Royaume-Uni d'en faire maintenant». Une opinion partagée par le «souverainiste» Nicolas Dupont-Aignan : «Soit les Anglais acceptent une réduction de leur ristourne, et on peut s'en sortir. Soit on accepte une hausse du budget européen, qui ne me choquerait pas, pour financer la politique agricole. Il n'y a pas de solution entre les deux», prévient-il. Une fois n'est pas coutume : partisans du oui comme du non au référendum sur la Constitution se retrouvent pour défendre un financement équilibré de l'élargissement, au nom de la «solidarité».