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A.-M. Comparini, dame de fer et de velours

 

Le Progrès du 4 juillet 2002


En trois ans, la présidente de la Région Rhône-Alpes, élue députée de la première circonscription de Lyon, a gagné ses galons de femme politique respectée. Alors que le microcosme s´attendait à la voir craquer, elle a déjoué les pronostics et s´est forgé un destin. Derrière sa courtoisie et son art d´arrondir les angles se cache une femme obstinée et résistante ainsi qu´une négociatrice redoutable.



Charbonnières, 9 janvier 1999, 3 heures du matin : sous les huées sexistes de l´extrême droite et des millonistes, Anne-Marie Comparini marche vers le fauteuil de président de la région Rhône-Alpes. "Elle ne tiendra pas le choc", prédit le microcosme politique, sûr de voir craquer cette frêle femme, protégée de Raymond Barre, "petit soldat de l´UDF" en service commandé. Paris, 25 juin 2002, 11 heures du matin : Anne-Marie Comparini, radieuse, félicitée par ses collègues, gagne son banc à l´Assemblée nationale. Dans ses yeux, l´émerveillement d´être là, presque l´incrédulité d´y être arrivée. "Je suis contente" répète-t-elle, joyeuse comme une bonne élève reçue à l´examen.


Entre ces deux dates, la dame de Charbonnières a déjoué les pronostics. Mieux, elle s´est forgé un destin. Sans éclats de voix, sans bravache. Sans renier ses convictions, à la force du travail, en puisant dans un caractère bien trempé malgré des apparences trompeuses. Désormais, le microcosme la porte au pinacle, la voit maire de Lyon et qui sait, ministre. Elle sourit, nie, redit qu´elle veut "faire son apprentissage, travailler, encore travailler" au risque d´ennuyer la galerie, déçue de n´entendre rien de plus exaltant.


Fausse naïve de la politique
L´un des grands talents d´Anne-Marie Comparini aura sans doute été de tracer son sillon sans esbroufe, en parfaite fausse naïve de la politique. Untel la méprise ou la snobe ? Elle l´ignore. Un autre la traite en béotienne, voire en nunuche ? Elle en rajoute. Les bancs du Front national s´agitent, menacent ? Elle les gronde, puis les console, ils s´amadouent. Ses ex-amis millonistes tentent de la mettre en minorité ? Elle trouve la faille, déjoue les intrigues et faute de mieux, dégaine le 49-3 lorsque son budget est recalé. Sa courtoisie désarme les hargneux, sa voix de velours anesthésie les cadors, son langage technocratique noie l´adversaire.
"C´est une main de fer dans un gant de velours", résume un de ses proches, encore étonné par sa capacité de résistance. La doit-elle à sa grand-mère paternelle, une Italienne républicaine qui dû fuir son pays sous Mussolini pour avoir "crié des slogans qu´il ne fallait pas" ? Ou à cette enfance du côté d´Orange avec une scolarité toute entière sous la férule des religieuses ? Une certitude : elle a appris l´art de la négociation dans le cabinet d´Arthur Comte à l´ORTF. "C´est une négociatrice hors pair. On ne se méfie pas d´elle. Sa spécialité, c´est le petit revers lifté que personne ne voit arriver", confie une de ses collaboratrices. Le préfet de Région s´en est aperçu lors de réunions sur le contrat de plan. Au Conseil régional, c´est elle qui a repris en main la gestion du personnel.


Féminisme tranquille
Cette célibataire de 54 ans ne s´est jamais identifiée aux combats féministes. Mais toute sa carrière politique, dans l´ombre de Raymond Barre, puis sous les lumières crues de la Région et désormais au Parlement, elle aura pratiqué, sans le revendiquer, un féminisme tranquille. "Les femmes sont plus pragmatiques que les hommes, elles sont plus organisées", affirme-t-elle, convaincue au fond que les femmes sont supérieures sur bien d´autres points. De cette féminité, elle a l´instinct. "Elle sent ou ne sent pas son interlocuteur. Généralement, elle ne se trompe pas", fait-on remarquer dans son entourage.



Elisabeth Chambard

Le Progrès du 4 juillet 2002


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D´Orange à Charbonnières


Le Progrès du 4 juillet 2002


Elle est née le 11 juillet 1947 à Orange dans le Vaucluse où s´étaient exilés ses grands-parents italiens, fabricants de chapeaux de paille. Après des études à la fac de droit à Lyon où elle croise un maître-assistant dénommé Jean-Jack Queyranne, elle est embauchée en 1971 au cabinet d´Arthur Comte, le patron de l´ORTF. Quatre ans plus tard, elle entre à l´INA, l´Institut national de l´audiovisuel, où elle travaille auprès de Pierre Emmanuel. Elle quitte Paris pour Lyon en 1978 où elle devient l´attachée parlementaire de Raymond Barre, élu dans la quatrième circonscription : elle le restera jusqu´en 1995.

Elle entame sa carrière politique en 1986 où elle se présente aux élections régionales : elle sera réélue en 1992, assumera les fonctions de rapporteur général du budget et du plan de 1994 à 1998. En 1995, élue sur la liste de Raymond Barre au conseil municipal, elle devient adjointe à l´enseignement supérieur.

En 1998, la voilà réélue au Conseil régional sur la liste de Charles Millon qu´elle combat après l´épisode de l´alliance avec le Front national. Le 9 janvier 1999, elle le remplace à la présidence de la Région. Le 16 juin dernier, candidate UDF soutenue par l´UMP, elle devient députée après avoir, au premier tour, largement distancée la députée sortante, Bernadette Isaac-Sibille, dont elle était la suppléante.



Elisabeth Chambard

Le Progrès du 4 juillet 2002

 

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