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Le progrès du 27 juin 2002.
Au lendemain de sa rentrée parlementaire, la présidente du Conseil régional, qui va entrer à la Commission des lois, considère que son engagement national a un lien direct avec la région. Elle appelle de ses vœux la décentralisation et annonce dans quels domaines. « Il n’y aura pas de fusion avec le groupe UMP, précise-t-elle, car il est important qu’il puisse y avoir des groupes UDF dans les collectivités ». Pour faire entendre la différence de l’UDF. Quant à briguer une tête de liste aux régionales en 2004 ou aux municipales en 2007, il est trop tôt : « Je fais un pas après l’autre ».
Elisabeth Chambard : Comment expliquez-vous votre victoire aux législatives un an après la déroute de l’UDF aux municipales ?
Anne-Marie Comparini : D’abord parce que j’ai mené une campagne propre et pédagogique. J’ai essayé, dans les réunions, sur les marchés, chez l’habitant, d’expliquer la situation de la France après le séisme du 21 avril et les voies courageuses qu’il fallait prendre. Et puis, j’avais une équipe jeune d’esprit qui a été plus qu’un précieux réconfort, un moyen d’avancer et de gagner.
E.C. : L’investiture UMP n’a-t-elle pas été aussi un élément déterminant ?
A.M.C. : Durant la campagne, j’ai toujours dit que je serai fidèle à l’UDF, mais que ma candidature s’inscrivait clairement dans la majorité présidentielle. Je suis UDF, fidèle à ses idées, et l’UDF est partie prenante de la majorité présidentielle : elle soutient Jean-Pierre Raffarin tout en apportant de la valeur ajoutée.
E. C. : Charles Million a été battu. Mais l’idée d’une alliance avec l’extrême droite que vous combattez, est-elle enterrée ?
A.M.C. : Non. Et je l’ai souvent dit aux jeunes et notamment aux jeunes de l’IEP [ Institut d’Etudes Politiques ] après les manifestations que la tentation de l’extrême-droite est un combat de tous les jours : il faut combattre cette tentation sans arrêt, en tout lieu, dans tous pays. Est-ce que la meilleure manière de combattre n’est pas d’essayer de répondre aux douloureuses questions posées par les gens qui votent pour l’extrême droite sans adhérer à ses idées ?
E.C. : Vous dirigez la Région et vous êtes aussi députée. N’est-ce pas très lourd à assumer ?
A.M.C. :Les femmes sont toujours très bien organisées. Et je vais m’organiser encore mieux. Une partie de mon engagement au niveau national a un lien direct avec la Région : je vais siéger à la commission des lois, travailler sur le dossier de la décentralisation tout en restant une présidente de Région engagée sur le terrain et attachée à gérer les dossiers de manière urgente et concrète.
E.C. : Le groupe RPR de la région est devenu groupe UMP. Doit-il s’élargir et intégrer en son sein des millonistes ? Et l’UDF ?
A.M.C. : Je fais confience à Emmanuel Hamelin, le nouveau président [ du groupe UMP à la Région ] pour déterminer le périmètre du groupe UMP. En ce qui concerne l’UDF, mes collègues souhaitent maintenir le groupe UDF et apparentés. Bien entendu, il travaillera avec le groupe UMP, mais il n’y aura pas fusion. Il est important qu’il puisse y avoir des groupes UDF dans les collectivités locales.
E.C. :Peut-on envisager pour les élections de 2004 une liste qui rassemble toute la droite ?
A.M.C. : C’est à souhaiter mais nous n’en sommes pas là ! Nous sortons de quatre dimanches d’élections. Là, on se met au travail et on ne parle plus de nouvelle élection. Les Français ont montré qu’ils veulent une nouvelle manière de travailler pour les politiques. Nous évoquerons la question au moment venu.
E.C. : Seriez-vous tête de liste d’une droite unie ?
A.M.C. : Il est bien trop tôt pour y répondre. Je peux seulement vous assurer que je serai une présidente de Région bien présente sur le terrain. Aussi présente que je l’ai été durant ces trois dernières années.
E.C. : Etes vous favorable à une modification du mode de scrutin régional ?
A.M.C. : Oui. C’est un point essentiel de la décentralisation. La loi de février 1999 (NDLR : qui modifiait le scrutin régional) portait en elle une bonne idée en faisant de la région une circonscription. Mais elle a des effets pervers : elle risque d’apporter de mauvaises surprises. Il faut revoir cette loi, trouver la formule magique qui permette de réunir le territoire et les sensibilités politiques. Car une région n’est pas l’addition de stratégies territoriales. Il doit y avoir un mélange de proportionnelle et de représentation des territoires.
E.C. : Vous voulez davantage de pouvoir pour les régions. Mais lesquels ?
A.M.C. : Avant le pouvoir, ce sont les ressources claires qui sont nécessaires. On avait évoqué la possibilité pour les régions de percevoir la TIPP, la taxe intérieure des produits pétroliers. Il va falloir trouver des ressources claires afin de donner aux régions une vraie autonomie. A ce moment là, on pourra se lancer dans des expérimentations. Dans le cas des TER [ Trains Expresses Régionaux ], l’expérimentation a été une bonne idée.
E.C. : Dans quels domaines doit s’appliquer la décentralisation ?
A.M.C. : Je crois qu’il en est un essentiel : la formation tout au long de la vie. Avec les syndicats et les patrons, nous arrivons bien à travailler. De plus, les lycées et les universités sont prêt à s’ouvrir sur le monde du travail. Un autre chantier pourrait aussi nous intéresser : l’enseignement artistique afin que tout Rhônalpin puisse avoir le choix. En matière de tourisme aussi, on peut avancer car, au niveau national, il est impossible de prendre en compte la diversité des régions. Mais vis-à-vis de la régionalisation de la santé, que certains ont évoquée, il faut être très prudent.
E.C. : L’UDF dispose d’une trentaine de députés. A-t-elle un avenir dans cette assemblée dominée par l’UMP ?
A.M.C. : L’UDF a un espace d’autant plus important que l’on doit reconstruire notre démocratie, avec davantage de dialogue et de participation. La particularité de l’UDF, c’est parler de la place de l’homme dans la société. Nous sommes partie prenante de la majorité, avec une liberté de parole pour avancer, non pas pour freiner l’action du gouvernement. L’UDF a ses spécificités qui sont aussi la place du travail dans notre société et l’Europe.
E.C. : On parle déjà de vous pour être tête de liste aux municipales de Lyon en 2007.
A.M.C. : 2007, c’est loin. Je fais un pas après l’autre. J’aime bien que ce soit un pas pour travailler. Je fais mon apprentissage parlementaire, je veux être utile à mon groupe et aux yonnais que je représente.
Propos recueillis par Elisabeth Chambard.
Le progrès du 27 juin 2002.
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