Anne-Marie COMPARINI organisait jeudi 30 mars 2006 à l'Espace Sarrazin (Lyon 8ème) une conférence-débat sur le thème : "la crise du logement: à l'origine d'une nouvelle exclusion " autour d'experts publics et privés de l'immobilier et de l'urbanisme lyonnais.
Il s'agit en effet d'un sujet qui préoccupe beaucoup de nos concitoyens et notamment beaucoup de lyonnais touchés à la fois par le manque de logements sociaux et par les prix du foncier et de l'immobilier.
Plus d'une centaine de personnes était réunie pour cette soirée logement.
Anne-Marie COMPARINI est revenue sur les origines de la crise, avant de la laisser la parole à Pierre JAMET, du Conseil Général, à Serge LAURENT, Directeur Juridique de l'OPAC du Rhône pour les questions concernant le logement social, et à Jean-Louis GIRAUD, Président de la Fédération des Promoteurs et Constructeurs de la Région lyonnaise, pour les questions relatives au foncier.
Les questions de la salle furent ensuite nombreuses, tant sur les solutions possibles, que sur des sujets brûlants tels que la vente à la découpe, les prix des programmes immobiliers, ....
Présentation d'AM COMPARINI:
Je suis heureuse que vous ayez pris sur votre temps pour participer à cette réunion sur disons le, la crise du logement.
Ce sujet est important, le logement est un des facteurs clés avec l'emploi de l'intégration sociale. Il est donc essentiel que nous puissions en tant que citoyens, responsables économiques et élus l’aborder complètement.
J’ai dit crise du logement. Cependant certains d’entre vous pourraient me répondre, mais pourtant le secteur du bâtiment est en pleine activité !
C’est vrai, il y a un paradoxe : le bâtiment va bien et parallèlement, il y a une très grande insatisfaction de la part de familles ou de personnes qui voudraient un autre logement et qui ne peuvent l’obtenir.
Nos intervenants analyseront la situation de notre pays mais aussi de notre agglomération, les attentes exprimées par nos concitoyens et nous proposerons des pistes qui peuvent former les piliers d’une politique future du logement.
Mais avant de leur laisser la parole et d’engager une discussion avec vous tous quelques mots, qui sont autant de pierres blanches dans la compréhension de ce sujet.
On parle beaucoup de crise du foncier et je le fais en premier, parce que malgré la relance de la construction, le foncier est identifié par de nombreux élus et professionnels, comme l’obstacle majeur à la réalisation de programmes de logements.
Le foncier et son prix. Dans toutes les régions, la hausse du prix du terrain est estimée à 4O% entre 1999 et 2004. Dans ces conditions, le prix du terrain devient un facteur de discrimination sociale, un frein à l’accession à la propriété et une contribution à l’étalement urbain dont les conséquences sur notre vie sont connues notamment dans les grandes agglomérations.
Le foncier et sa rareté. Il y a une compétition pour l’occupation de l’espace qui explique souvent le montage difficile de programmes sociaux et leur rejet en périphérie.
Cette crise du foncier se double d’une crise de l’offre de logement décent à un prix raisonnable et proche des services (école, transports etc...), que se soit dans le privé (trop cher) ou public (pas assez de logement).
Cette crise, contrairement à celle des années 90, est structurelle.
En 1990, elle était basée sur une bulle spéculative autour du foncier sur des zones spécifiques (grandes villes), ce qui avait raréfié l'offre de terrain et obligé les promoteurs à vendre très cher leurs constructions. A l’époque, les prix des loyers étaient restés stables.
Depuis quelques années, celle que nous connaissons est d'une toute autre ampleur.
Elle coïncide avec une période de changements démographiques et sociétaux qui remodèlent en profondeur notre pays : allongement de la vie, changement des moeurs et des normes sociales (multiplicité des formes que revêt la cellule familiale), nombre sans cesse croissant d’étudiants qui doivent se loger et nouvelle configuration géographique de la France - l’appel du Sud et déplacement autour des grandes agglo.
Elle touche toutes les classes de la société.
Les jeunes d’abord, confrontés à une offre de logement restreinte et donc des loyers plus chers. On comprend alors aisément ce qu’est la situation des étudiants dans les villes universitaires et celle des jeunes en échec scolaire, qui cumulent de petits boulots dans le même temps où ils doivent chercher un hébergement. Et les effets sociaux qui en découlent pour eux.
Les classes moyennes ensuite (2000-3000 euros). Leur seule solution un fort endettement qui fragilise leur pouvoir d’achat et rend le budget familial difficile à gérer.
Les classes à faibles ressources du fait de la progression du RMI, du temps partiel subi ou de salaires proches du SMIC n’ont de choix que dans les banlieues. De plus leur solvabilité est réduite car les aides à la personne n’ont pas suivi les évolutions du coût des loyers. Les banlieues en crise, on le voit ainsi est une autre facette de la crise du logement. D’ailleurs tous les spécialistes l’expliquent en partie par un environnement dégradé et le sentiment pour la jeunesse que leur avenir est bouché professionnellement mais aussi en matière de logement.
Les personnes âgées. Là encore, regardons les réalités en face. Certes, certains couples du 3ème age ont dans leur majorité de confortables pensions.
Mais, cette catégorie ne doit pas cacher, et l’été meurtrier de 2003 l’a montré, le dénuement de seniors isolés au moment même où ils doivent faire face à des dépenses de santé importantes.
Elle résulte d’un désengagement de l'Etat en matière de financement de la construction de logements sociaux ce qui freine la mixité sociale et laisse se dessiner une France qui en matière de logement, se cloisonne.
Depuis deux ans, il est vrai, le plan Borloo permet au rythme de construction de s’accélérer : l’objectif est de 9O000 par an. Mais il reste beaucoup à faire pour rattraper le retard accumulé, et le turnover réduit dans les logements sociaux (départs de locataire qui en temps normal auraient libéré leur place à d’autres demandeurs pour accéder à du locatif privé ou à la propriété mais qui du fait de la crise restent en HLM). Et ce d’autant plus que l’effort de la collectivité est mal orienté : sur les 4OOOOO construits récemment peu sont accessibles aux ménages à revenus modestes.
Cette crise vous le voyez, contribue au blocage de notre société, de l’ascenseur social.
Il n'y a plus comme dans les années 60-80 un cheminement classique du Français qui jeune vit chez ses parents, puis prend un travail, loue dans une HLM, puis se marie et devient propriétaire. Désormais c'est : je reste le plus longtemps possible chez mes parents. Je prends un travail mais je reste toujours chez mes parents car les loyers sont trop chers ou il n’y a pas de place en HLM. Si je vis en couple je loue car je ne peux pas acheter.
C’est donc toute une partie de la population et pas seulement les plus démunis mais une bonne part des classes moyennes (la vraie : ceux qui gagnent entre 1200 et 3000 euros) qui cumule ces difficultés. Des difficultés qui favorise la tendance naturelle des gens à vivre entre eux sans se mélanger.
C’est une fois de plus une France qui se délite et qui renonce à ses valeurs républicaines mélangeant mixité et unicité.
Il est donc du devoir du politique de mettre en place les conditions d'une mixité des populations digne des valeurs de la République et de son pacte social.
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