Discours d'Anne-Marie COMPARINI lors de l'Ouverture du Salon des Entrepreneurs à Paris le 1er février 2006
"Entreprendre au féminin"
"Voilà plusieurs années que je suis les évolutions de la création d’entreprise au féminin. J’ai aussi agi, mis « la main à la pâte » lorsque j’étais présidente de la région Rhône Alpes.
Je suis convaincue que la création d’entreprise -qui inclut pour moi la création par les femmes- est vitale pour la santé de notre économie. Chez tous nos partenaires européens qui ont une politique de long terme sur ce sujet, la création par les femmes d’ailleurs tire le taux de création général vers le haut et selon les mêmes statistiques, elle offre un plus grand retour sur « investissement social » puisque les femmes recrutent plus, plus de personnes considérées comme à insérer en priorité : personnes non qualifiées, et ce que les anglo-saxons appellent les minorités.
La France doit donc s’engager résolument dans cette voie. Certes des dispositions ont été prises dans notre Pays. Mais compte tenu de l’enjeu tant pour notre économie que pour la juste place des femmes dans notre société, il faut changer de manière de pensée et d’agir pour traiter cette question.
Ce qui se passe en Grande Bretagne, au Canada, en Espagne, en Italie -pour ne citer que ces pays où la création d’entreprise par les femmes correspond à une bonne proportion du taux général et qui ne fait que s’accroître- doit nous inspirer.
La table ronde à laquelle nous avons assistée, me confirme dans l’idée que le travail se féminise, qu’il le sera de plus en plus et que les attentes des femmes, en matière de soutien à leurs activités augmenteront.
Aussi la bonne direction, c’est d’abord
Un cadre général, une stratégie globale portée au plus haut niveau. Ce qui permet d’affirmer de manière solennelle qu’il s’agit d’une priorité nationale, qui sera traitée à l’interministériel pour mettre en place un environnement favorable aux entreprises au féminin : les initiatives sont encore trop fragiles, sous financées et pas assez , évaluées.
Qu’il s’agit d’une démarche économique et non d’une démarche de genre ou cantonnée dans le social. L’Europe d’ailleurs vient de montrer la voie, en rattachant l’entreprise au féminin à la direction développement économique.
C’est ensuite une politique de long terme.
Créer au féminin n’est pas un gadget ou un passe temps, c’est une vraie participation des femmes au dynamisme de notre Pays.
Il faut le reconnaître. Ce qui suppose des données statistiques, pour améliorer la connaissance quantitative de l’entrepreunariat, pour identifier les points de blocage- il y a en encore beaucoup et les faire sauter. L’enjeu est important : il n’y aura pas de reconnaissance sans connaissance.
C’est encore l’accès aux financements favorisé.
Toutes les études montrent que les femmes utilisent moins les facilités bancaires que les hommes. Et cela, dans la création de services à la personne comme dans les secteurs technologiques. Un exemple : les femmes utiliseraient un tiers seulement du capital de départ utilisé par les hommes.
C’est pourquoi, il faut assurer impérativement une meilleure information sur toutes les possibilités bancaires et obtenir une égalité de traitement. Qu’on y réfléchisse : en GB c’est la Banque royale qui vérifie qu’il n’y a pas de discriminations dans l’accès aux crédits bancaires ou que les taux d’intérêt pratiqués sont identiques à ceux proposés aux hommes.
Meilleure information sur les fonds publics qui doivent être simples et à la hauteur de l’enjeu.
Meilleure information sur toutes les aides à la décision qui existent : préformation sur les business plans, facilités accordées par les incubateurs, conseils professionnels et réseaux de parrainage.
Permettez moi à cet égard d’insister. Tous les services de soutien doivent être accessibles à tous : hommes et femmes. Même si nous savons qu’ils existent des réseaux d’entraide et de parrainage spécifiques.
Certains de mes propos ont pu vous paraître excessifs, sans nuance.
Ils sont inspirés par un fait : la proportion de Françaises créant des entreprises n’est pas aussi importante que chez nos principaux partenaires alors que le taux d’activité de celles françaises qui travaillent, atteint aujourd’hui une quasi égalité avec celui des hommes. Nous devons agir pour que l’envie de créer des femmes puisse se concrétiser !
Ils sont inspirés par la volonté de réaliser la mobilisation de tous sur cet objectif. Le temps est venu où la question des femmes qui travaillent, pour leur entreprise ou comme salariées, relève du développement économique. Les institutions, les outils à disposition doivent traduire ce fait majeur de société."