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Débat sur le Conseil européen des 16 et 17 juin. Discours d’Anne-Marie Comparini
Les européens convaincus, dont nous sommes ressentent aujourd’hui une infinie tristesse.
L’Europe vit sans doute l’une des crises les plus sérieuses de son histoire. Car le « non » français a débouché, malheureusement, sur une succession d’événements graves que nous avions annoncés : le « non » des Pays-Bas, puis l’annonce du report du référendum britannique, sans qu’à aucun moment ce « plan B » imaginaire qu’on nous promettait ne puisse connaître l’ébauche d’une amorce. Puis, il fallait s’y attendre, des voix se sont élevées : ici pour demander l’abolition de l’euro et la fin de ses disciplines, là pour remettre en cause le financement de l’Union et de la politique agricole commune ou régionale. Bref, les intérêts, les égoïsmes nationaux, se sont réveillés et ont repris le dessus sur la solidarité européenne, pourtant si nécessaire.
Alors disons le, les avancées européennes péniblement acquises et à force de volonté et d’imagination, courent aujourd’hui le risque considérable que l’Europe retourne en arrière, ou se disperse au gré de spéculations lancées par les uns et les autres.
Un état d’autant plus préoccupant que nous restons à l’UDF plus que jamais convaincus qu’elle est une nécessité vitale pour notre Pays. La France ne peut avoir aucun avenir sans elle, ni en dehors d’elle.
Voilà pourquoi nous voulons tout mettre en œuvre pour reconstruire une perspective européenne crédible. C’est un acte de foi de militants européens qui ne se découragent jamais. Souvenons-nous qu’en 1954, l’échec de la Communauté européenne de défense n’a pas stoppé la construction d’une Europe unie et pas empêché trois ans après, la signature du Traité de Rome. Mais c’est aussi un acte de lucidité.
Alors que faire ?
Pour le savoir détachons les questions de politique intérieure qui ont pesées lourd dans les résultats français et néerlandais et ayons le courage de reconnaître que c’est une façon de faire l’Europe qui a été sanctionné.
Depuis des années, nos citoyens ont eu le sentiment que l’Europe se faisait en dehors d’eux, que son projet était non maîtrisé dans son identité et dans ses frontières et qu’il ne les protégeait pas contre la mondialisation. Le rêve européen des fondateurs que l’UDF a toujours porté , n’a inspiré que des inquiétudes et des incompréhensions.
Donnons alors une réalité à ce rêve, en sortant d’abord de l’incertitude actuelle qui mine la volonté.
La 1ère incertitude concerne le processus de ratification. La France doit dire au Conseil européen qu’il continue. A ce jour, dix pays ont ratifié la Constitution. Les deux « non » français et néerlandais ne doivent pas faire oublier les dix « oui ». Ni priver les autres états membres d’un débat démocratique et les habitants des pays de l’Est en connaissent le prix. Ce serait un terrible déni d’égalité et une entorse à la démocratie.
La seconde a trait à l’accord sur les perspectives budgétaires. L’Allemagne, en signe de bonne volonté, a déjà accepté de revoir sa position concernant le futur budget européen. La France doit suivre la sagesse allemande pour éviter un échec qui serait le signe d’un blocage dangereux au moment même où l’Europe doit montrer qu’elle est capable de parvenir à un juste compromis et qu’elle garde sa pleine capacité de réponse au quotidien. 2005 n’est-elle pas l’année de la relance de la stratégie de Lisbonne et de la mise en place de l’espace de liberté de sécurité et de justice ?
Mais sortir de l’incertitude ne suffit pas. La réflexion au Conseil européen ne peut se limiter à des questions de procédures, quand les attentes des citoyens sont avant tout économiques et sociales.
Mettons donc à profit les mois à venir, non pas pour faire « une pause » défaitiste, mais pour travailler à une stratégie offensive démontrant la capacité des institutions européennes, chacune à sa place, à réagir.
Les citoyens attendent des actions concrètes, une meilleure prise en compte de leurs préoccupations concernant le domaine économique et social ou la sécurité. Le monde également, s’interroge sur le devenir de l’Union qui a longtemps fasciné de nombreux peuples, sur tous les continents.
Nous proposons donc qu’un conseil extraordinaire, consacré à l’action à mener désormais pour redonner une dynamique à l’Europe, soit rapidement réuni.
C’est le seul moyen pour que le repli des Etats membres sur leurs intérêts nationaux ne l’emporte pas sur l’esprit européen.
C’est le seul moyen pour donner à l’Europe la dimension économique et sociale qui ouvrira de nouvelles perspectives et permettra d’agir face aux évolutions économiques mondiales.
Dans ce but, nous proposons un plan d’action européen. Il devrait suivre, avec ou sans Traité, trois directions essentielles, qui répondent d’ailleurs aux trois sources du « non » : le pouvoir européen lointain et jamais expliqué, la crise économique et sociale, les frontières non définies.
D’abord, celle de la démocratie et de la transparence. Il est indispensable que le double assentiment des gouvernements et du Parlement européen soit requis pour tous les textes importants, afin que l’Europe prenne un visage démocratique et que la voix des citoyens y prenne enfin le poids nécessaire.
Ensuite, celle de l’efficacité avec une véritable gouvernance économique et sociale, seule à même de relancer la croissance, l'emploi et la cohésion sociale.
A l’UDF, nous défendons depuis plusieurs années la nécessité d’une gouvernance économique à l’échelle européenne, l’euro et le Pacte de stabilité ne pouvant à eux seuls faire l’économie. Nous ne pouvons pas vivre durablement avec une discipline budgétaire commune tout en menant des politiques économiques différentes. D'urgence décidons de coordonner nos politiques économiques, faute de quoi nous ne serons jamais en mesure de créer notre propre croissance.
Cela signifie la mise en route d’une harmonisation fiscale et sociale dans tous les pays européens, la fixation claire et définitive des règles qui régissent le travail dans tous les pays européens. Cela veut dire aussi le lancement des grands travaux en matière de défense, de recherche et de grandes infrastructures, et par exemple le TGV Lyon-Turin, dont l’incendie du tunnel du Fréjus a montré la nécessité urgente. Cela veut dire de renforcer la compétence sociale de l’Union par l’adoption de la majorité qualifiée sans les quelles, les compétences de l’UE en matière sociale resteront inexistantes.
Enfin, il faut montrer à nos concitoyens que l’Europe a des frontières définies clairement et sûres. L’Europe n’est pas illimitée. Trop étendue son action sera diluée et sa force paradoxalement, réduite.
Définissons les relations d’entraide réciproques que nous pouvons avoir avec les voisins de l’Europe. Ce partenariat privilégié où chacun aiderait l’autre à bâtir la paix et le développement que nous devons construire avec le monde moyen-oriental, l’Egypte aussi bien qu’Israël, les pays du Maghreb aussi bien que le Liban. C’est ainsi que nous pouvons ouvrir une autre façon, une façon positive, de résoudre la question de la Turquie et de l’Europe : d’un côté l’Europe qui s’assume, qui s’avance, et de l’autre côté la Communauté de la Méditerranée, liées l’une à l’autre, et dont la Turquie, partenaire privilégié de l’Union, serait le premier maillon, au lieu d’être le terme du projet.
Voilà mes chers collègues, c’est maintenant qu’il faut agir pour une Europe unie, libre, forte et rayonnante dans un monde effectivement en pleine transformation. Deux générations de bâtisseurs de l’Europe n’ont jamais ménagé leurs efforts. J’espère au nom du groupe UDF, que leur expérience et leurs actions persévérantes inspireront demain les acteurs du Sommet de bruxelles. Il y a urgence.
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