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lettre d'information
 

Intervention à l'Assemblée nationale sur les Grandes infrastructures

 

Merci, Monsieur le ministre, pour ce débat qui permet aux élus nationaux de redevenir pour quelques instants des élus locaux et de faire passer leur expérience. Le Gouvernement est bien placé pour connaître les conséquences de l'inaction publique. Tôt ou tard, il faut payer - et plus cher - ce que les autres n'ont pas fait à temps. Passons aux actes, ont dit plusieurs collègues ! Je suis de cet avis. Des infrastructures de transport inadaptées, c'est du temps perdu pour tous, et des risques accrus d'accidents. Ce sont aussi des dégradations pour l'environnement, et le risque d'être mis à l'écart des flux économiques européens. Il faut dessiner pour la France un schéma de transports digne de sa place en Europe, et cela exige une triple rupture.


Rupture, tout d'abord, dans notre conception de la politique des transports. Vous l'avez dit avec raison, Monsieur le ministre : nous ne devons plus opposer la route et le fer, mais chercher un rééquilibrage des modes de transport en faveur du chemin de fer et du fret.
Cet objectif requiert de nouvelles infrastructures : les capacités sont insuffisantes, et souvent l'état du réseau ne répond ni aux normes de sécurité, ni à une qualité attrayante pour nos entreprises. Je dis bien de nouvelles infrastructures : les enjeux sont trop importants pour qu'on se contente de rénover des lignes du dix-neuvième siècle.
Vous ne vous étonnerez pas que j'évoque la liaison Lyon-Turin, qui pour nous, en Rhône-Alpes, n'est pas un projet régional, ou national, ou franco-italien : c'est un grand chantier européen, et de ce fait l'illustration parfaite des ruptures que l'Etat doit engager dans sa politique des transports.


Rupture, ensuite, en matière de financement des grandes infrastructures. Sur ce point, M. Méhaignerie a évoqué des pistes. Certaines liaisons, notamment celles qui présentent un intérêt stratégique pour l'aménagement du territoire, non français, mais européen, méritent des innovations dans le montage des projets, la mise au point de «bouquets» de financements.
La Commission européenne ne s'y est d'ailleurs pas trompée : déjà prête à s'engager avec les Etats et à augmenter sa participation financière, elle ne craint pas, malgré les contraintes budgétaires actuelles, de proposer d'attirer - je souligne ce mot - le capital privé par des techniques originales améliorant sa rentabilité.
Faisons preuve d'imagination, et développons le partenariat public-privé, notamment par une défiscalisation des capitaux privés investis.
Envisageons une application effective du principe pollueur-payeur en créant, comme en Allemagne, un fonds spécial alimenté par la perception de droits auprès des transports les plus polluants. Et sachons aussi garder nos bijoux de famille, et utiliser les bénéfices des sociétés autoroutières publiques pour financer les chantiers à dimension européenne.


Troisième rupture enfin, celle de nos habitudes de travail et de pensée. Il faut en finir avec la lourdeur de nos façons de décider, avec le trop-plein de considérations techniques, juridiques, financières, qui ne sont que le paravent de l'inaction. Pour la liaison Lyon-Turin, nous avons déjà dépensé 120 millions en études, 240 millions en travaux dans les galeries et descenderies : c'est suffisant.
Cessons de dire que nous ferons le Lyon-Turin et faisons-le - comme nous ferons les TGV Rhin-Rhône et Est européen, ainsi que la liaison Perpignan-Figueras, maillons qui nous manquent encore pour créer à l'horizon 2015 un véritable réseau de transports intégré européen.
Ce disant, je pense à un double rendez-vous qui attend la France : celui du respect des engagements de Kyoto, et celui de cette nouvelle Europe élargie, dont il faut éviter le basculement à l'est ; nous devons constituer les infrastructures qui feront contrepoids, et permettront à l'Europe latine et à l'Europe de l'est de bien participer à la grande Europe.

 

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