La proposition de François Bayrou - rassembler les Français de gauche modérée, de droite modérée autour d’un centre autonome- vise à sortir d’un système aujourd’hui en faillite.
Un système qui produit à chaque alternance depuis 1981, un pouvoir parlementaire docile, escamoté, qui laisse à la rue le soin de protester, de négocier et de récuser. De ce fait, l’Assemblée nationale ne peut plus exprimer la diversité des opinions ni négocier les compromis positifs. Le fiasco du contrat première embauche (CPE) est à cet égard exemplaire : une administration arrogante, un Parlement ridiculisé, une rue triomphante et une réforme pulvérisée.
Un système qui conduit à un pouvoir hyper concentré. Jacques Chirac obtient au premier tour de l'élection présidentielle de 2002 moins de 20 % des suffrages, et pourtant les membres de sa majorité s'adjugent dans la foulée 63 % des sièges à l'Assemblée nationale et prennent le contrôle de la quasi-totalité des pouvoirs de la République. On ne gouverne pas en confiant tous les pouvoirs aux représentants d'un cinquième de la nation.
Alors, nous dit-on, l’élection de Nicolas Sarkozy ou celle de Ségolène Royal serait la seule efficace. Parce qu’elle disposerait d'une majorité en béton, asservie au chef de l'Etat ? Beau privilège que celui de maintenir un système qui en 25 ans, n’a pas réglé le chômage, ni la croissance molle et a apporté un endettement colossal !
Il est au contraire urgent de retrouver l'équilibre initial voulu par le Général de Gaulle entre la tradition parlementaire française et l’affirmation de la prééminence présidentielle. De rendre au Parlement sa dignité, d’attribuer à chaque famille politique l'exacte place que les électeurs entendent lui donner. D’en finir avec la discipline de vote, véritable ficelage autoritaire des majorités. De faire prévaloir l’esprit de coopération sur les logiques de confrontation qui elles sont paralysantes.
Une recomposition politique, c’est ce que propose François Bayrou.
Elle passe par l’élection d’un homme qui ne soit pas l'émanation des deux blocs antagonistes, mais qui sache rassembler et rétablir la représentation proportionnelle, scrutin de liberté et d'équité qui arrache les partis à la logique des oukases et fait du Parlement le miroir fidèle du pays.
Elle passe par l'émergence d'un grand parti du centre, réunissant autour de l'UDF des personnalités issues de la droite, de la gauche ou de la société civile et formant le pivot du nouveau Parlement autour duquel s'articuleront les accords politiques nécessaires à l'affirmation d'un consensus multipartisan et ordonné.
Les vrais républicains n'ont aucune raison de redouter la victoire de François Bayrou qui porte ce changement autour d'une triple exigence : la liberté économique, l'égalité sociale et la solidarité européenne.
Anne-Marie COMPARINI