Depuis 20 ans, la France a négligé l’intégration des jeunes dans le monde du travail. Aujourd’hui, le résultat est très préoccupant : le taux d’activité des 16-25 ans y est le plus faible d’Europe.
Le gouvernement a entendu répondre à cette situation mais en incluant in extremis le contrat Première embauche au projet de loi Egalité des chances. Toutefois, dès la présentation de cette mesure nous avons éprouvé avec l’ensemble de mes collègues du groupe UDF un sentiment de gâchis face à ce qui apparaissait déjà comme une occasion manquée.
Sur la forme d’abord : le CPE est apparu par surprise et sans aucune concertation préalable avec les partenaires sociaux. Fait aggravant, le Gouvernement n’a pas tenu compte des débats approfondis initiés à l’Assemblée et au Sénat, préférant finalement utiliser le 49-3. Bref, le passage en force sur toute la ligne. Au nom de l’urgence… pas de discussion!
Sur le fond, surtout : comment ne pas s’indigner en effet que soit proposé aux jeunes un contrat à la période d’essai de deux ans, pouvant être interrompu à tout moment par l’employeur et pire encore sans qu’il ait à motiver une telle décision !
Et bien, sur le fond comme sur la forme, le groupe UDF a voté contre le CPE.
Dix jours après ce passage en force, nos concitoyens au premier rang desquels les jeunes rejettent à leur tour le CPE et le courant ne passe plus avec le Gouvernement. Des universités sont occupées, des lycéens se mobilisent, et plus aucun syndicat, même les plus réformistes n’accepte de discuter avec le Gouvernement.
On ne peut pas laisser notre pays s’enfoncer dans la crise et continuer à se déchirer ainsi. Désormais l’urgence, c’est de restaurer la confiance, et de sortir de l’épreuve de force en engageant le dialogue. C’est encore possible. Voilà pourquoi, avec mes collègues Udf, nous demandons l'abrogation du CPE et entendons également travailler avec tous les partenaires sociaux et les mouvements étudiants sur notre proposition d'un "contrat-emploi-formation" qui permettrait aux jeunes sans qualification de mieux accéder à l'emploi. Ce dispositif offrirait aux jeunes la chance de l'entreprise et consisterait à la prise en charge par l'Etat et les collectivités de la partie formation du salaire.
Il est pour nous important que chaque parti participe à la réflexion et fasse des propositions.
Les nôtres prendront la forme d'une proposition de loi ou plus vraisemblablement d'amendements à l'issue de la concertation que nos deux groupes parlementaires au Sénat et à l'Assemblée nationale engagent.
L’emploi des jeunes mérite bien cela.
Anne-Marie COMPARINI