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Quelques mesures pour l’emploi justifient-t-elles de sacrifier le débat parlementaire ?

 

Quelques mesures pour l’emploi justifient-t-elles de sacrifier le débat parlementaire ?


Est-il besoin de le redire mais depuis un quart de siècle, la France souffre d’un chômage qui évolue entre 8% et 10% : les principales victimes en sont les jeunes et les seniors, dont le taux d’activité est parmi les plus faibles d’Europe. En outre, tous nos indicateurs sont passés au rouge : explosion de la dette publique, déficit du commerce extérieur, détérioration de la croissance. Au point où nous en sommes, de dépression en creusement des inégalités, nous devons tout faire pour remettre l’ascenseur social en marche, et surtout pour restaurer la confiance.

Dans sa déclaration de politique générale, le Premier ministre Dominique de Villepin en a appelé au sursaut collectif. La France inquiète n’a plus confiance dans son avenir. Il n’est dès lors plus temps de tergiverser. Il faut agir au plus vite pour inverser la tendance.
Des mesures urgentes pour l’emploi destinées à faciliter l’embauche des nouveaux salariés et à faciliter l’insertion des jeunes nous ont été présentées. Elles devront s’appliquer, nous dit-on, d’ici cent jours.
Ces mesures, nous les connaissons. Certaines vont dans le bon sens : la simplification de l’embauche, le chèque-emploi pour les petites entreprises et l’effacement des effets de seuils.
D’autres, telles que la création d’un nouveau type de contrat de travail, paraissent en revanche bien inutiles. C’est plutôt vers un contrat unique simple et lisible qu’il aurait fallu s’orienter. Enfin, la période d’essai sur deux ans est de nature à susciter des inquiétudes et des tensions que la gravité de la situation interdit.

Avec mes collègues de l’UDF, nous aurions souhaité que des mesures abordant le fond des choses soient abordées. L’assiette des charges sociales pour éviter qu’elles continuent d’assécher le travail qui procure à l’homme toute sa dignité. En effet, le dispositif des cotisations a été établi sur le travail à une époque de plein emploi. Or il ne convient plus aujourd’hui et on ne pourra pas supporter longtemps ce système de financement.
Ou encore la modulation du travail tout au long de la vie. Pour les jeunes, c’est le handicap de l’expérience professionnelle qu’il faut surmonter. Pour les seniors, c’est la suppression des restrictions à l’activité (préretraites, contribution Delalande qu’il faut envisager.

Malheureusement, ce débat en profondeur n’a pas eu lieu !

Car pour instaurer ses choix, le gouvernement a eu recours à la procédure exceptionnelle des ordonnances. Elles donnent l’impression - puisqu’il n’y a pas de débat - que le gouvernement veut faire passer ses mesures en catimini du Parlement et des partenaires sociaux. L’argument du gain de temps ne tient pas au moment où nous aurions besoin d’une grande concertation en vue d’obtenir un large consensus. Bref, « parce que nous n’avons plus de certitude politique, nous devons d’autant plus débattre », comme l'écrivait dans La Croix du 30 juin François Ernenwein.

Et puis des ordonnances pour des mesures de ce niveau, est-ce bien utile ? Car vraiment, elles ne s’inscrivent pas dans une vision globale de notre société.
Il ne suffit pas de s’attaquer au chômage. Il faut dans le même temps agir avec ténacité pour la croissance et le pouvoir d’achat, notamment des classes moyennes qui ces 5 dernières années ont été les grandes oubliées de l’action gouvernementales.

Une fois de plus, un débat parlementaire en profondeur aurait permis d’élargir la réflexion et de soumettre de nouvelles pistes d’action beaucoup plus ambitieuses pour répondre aux vrais questions que chacun d’entre nous se pose: notre modèle socio-économique est-il encore adapté ? Permet-il de retrouver du travail rapidement ? Favorise t-il la capacité d’adaptation ?
A un niveau différent, l’Union Européenne peut-elle nous aider à moderniser ce même modèle ?

Au moment où tous les français devraient pouvoir débattre de tout ce qui peut permettre de sortir de l’impasse, je regrette que le Parlement ne puisse faire entendre sa voix et donc la vôtre.

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