« Le 29 mai, par le séisme sorti des urnes, les Français ont une nouvelle fois fortement exprimé leurs craintes, leur incompréhension et leur colère.
Voilà maintenant 20 ans que le chômage, tel un véritable cancer social, bouleverse la vie d’une part considérable de nos concitoyens, notamment celle des jeunes et des quinquagénaires, et que la crise économique, sociale et démocratique ne fait que s’amplifier, en dépit des signaux de détresse déjà reçus.
Depuis 10 jours, face à la gravité de la situation, il aurait fallu donner des signes forts : adopter une attitude politique différente, prendre le temps de consulter, avant de décider d’un nouveau gouvernement, toutes les forces vives de la Nation, puis proposer un gouvernement ouvert dont seraient bannies les considérations stériles de tactique politicienne et fondé sur le souci premier de travailler sur le long terme.
En un mot, il aurait fallu tirer effectivement les leçons du 29 mai, d’autant plus que celles du 21 avril 2002 ne l’ont pas été et commencer un nouveau cycle politique rompant avec les anciennes habitudes et les travers de notre classe politique. Cette nécessité, je l’ai souvent entendue prononcée ces derniers jours par les électeurs de ma circonscription.
Or, à quoi avons-nous assisté ? La formation d’un gouvernement dont le « resserrement » est plus porteur d’asphyxie que de renouvellement. Ce « nouveau » gouvernement est en effet la copie conforme du précédent, les rivalités partisanes s’y font déjà jour alors qu’il faudrait calme, transparence et une mobilisation sans faille, afin de sortir notre pays de l’ornière dans laquelle il se trouve paralysé et de rétablir le lien de confiance avec tous nos concitoyens. Et aujourd’hui à quoi doit-on accorder notre confiance? A un énième plan pour l’emploi qui doit vaincre le chômage dès le centième jour !
C’est pourquoi j’ai décidé, avec mes collègues UDF de l’Assemblée nationale, de ne pas apporter ma confiance au nouveau Premier Ministre venu présenter ce jour au Parlement sa déclaration de politique générale en ne participant au vote.
Ne croyez pas que le choix a été facile ; je souhaite tant que mon pays s’en sorte enfin et que les Français retrouvent leur moral ! De plus ma position porte en elle une double exigence : se prononcer sur les textes, les décisions concrètes, en fonction du seul intérêt général ; sortir du système binaire classique et trop réducteur – celui du « qui n’est pas avec nous est contre nous » - dans lequel se complait la classe politique française.
Cette double exigence, nous l’appliquerons sur chaque projet de loi qui sera présenté en nous réservant la possibilité de soutenir ou de critiquer son contenu. Elle nous permettra d’être, plus que jamais, les aiguillons de l’action gouvernementale et de remplir ainsi pleinement notre rôle, afin de contribuer résolument au redressement nécessaire de la France .
Cela me demandera d’être encore plus à votre écoute. Mais je sais, pour l’avoir expérimenté depuis plusieurs mois, que les idées ne vous manquent guère. Que je peux compter sur nombre d’entre vous pour porter des idées justes et efficaces au sein de l’Assemblée nationale. Pour être constructive, mais sans complaisance, comme la France du 29 mai le réclame." <:div>