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A.M. Comparini
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Un moment historique pour l’Europe et la vie démocratique française

 

Le projet de constitution et l’adhésion de la Turquie à l’Union font débat et sèment le trouble même à l’intérieur de certaines familles politiques. Il n’est qu’à voir les interventions discordantes des leaders socialistes et les contradictions qui s’installent chez nos collègues de l’UMP !

Mais pour nous à l’UDF, les choses sont claires.
Ces deux grandes questions trouvent leur origine dans l’idée que nous nous faisons de l’Europe.
Pour nous, l’Europe n’est pas un club de chefs d’Etat qui se retrouvent périodiquement pour discuter de la situation du monde et des solutions à mettre en œuvre pour remédier aux problèmes de son économie.
Notre vision est plus ambitieuse car elle est politique. Nous voulons, au-delà de la seule organisation d’une zone de libre échange, construire une communauté qui s’impose comme puissance internationale par sa diplomatie, sa politique de défense, son modèle économique et par la dimension accordée aux droits de la personne dans tous les domaines de la vie.

On nous dit souvent que notre refus de la Turquie serait dicté par des considérations religieuses. Mais nos arguments sont connus et le premier d’entre eux, c’est que notre vision ne peut s’accommoder d’une Europe affaiblie par un élargissement sans fin, au moment même où elle doit approfondir ses compétences pour ne pas être à la traîne des nouvelles puissances qui s’affirment dans le monde.

Nous voulons au contraire que l’Europe soit l’une d’entre elles !

Dotée d’une Constitution, le projet actuel n’est qu’un début, l’Europe avancerait vers une gouvernance politique qui lui fait aujourd’hui cruellement défaut. La campagne référendaire que nous avons obtenu sera d’ailleurs le moment idéal pour expliquer ce que nous voulons faire après. Car c’est par manque de perspectives audacieuses que l’Europe donne l’impression d’être un empêcheur de tourner en rond !
Armée d’une vraie gouvernance économique, elle pourra avoir une vue claire de ce qui est stratégique et source de croissance durable dans l’économie.
Appuyée sur une vie démocratique européenne réelle qui renouera les liens avec les citoyens, elle mobilisera les énergies et les talents.
On le voit bien, ces deux grandes questions nous conduisent à choisir ce que nous Français, nous serons dans les prochaines années, avec quels autres peuples nous ferons communauté et sur quels mêmes repères et symboles culturels nous agirons.
Avec ce choix fondamental, nous vivons un premier moment historique !

Nous vivons aussi un second et « positif » moment historique parce qu’il est normal que les Français parlent de sujets qui concernent leur avenir. Le traitement de ces deux grandes questions- Constitution et adhésion de la Turquie- révélera le sens que nous donnons à la vie démocratique.

Pour nous en effet, ces choix ne peuvent être décidés en catimini. Ils doivent être débattus avec vous et au Parlement.

Là encore, l’Union pour la Démocratie Française (UDF) a la conviction profonde que la démocratie, valeur que nous devons sans cesse protéger et renforcer, est au cœur des sociétés qui donnent au Peuple l’envie de participer à la vie publique, et plus particulièrement dans notre Pays qui souffre d’un déficit démocratique chronique.
C’était d’ailleurs « le » message des français lors des élections de 2001 : être mieux associés aux décisions qui les engagent et engagent l’avenir de leurs enfants.
Le sont-ils lorsque le Parlement est dévalorisé et peu reconnu dans ses fonctions ?
Nous, parlementaires UDF le disons sans cesse : nous voulons un Parlement qui organise le débat démocratique et c’est ce qui explique pourquoi nous avions demandé avec insistance que le projet de Constitution soit soumis directement aux Français par voie de référendum afin que chacun puisse se prononcer en toute connaissance de cause sur ce nouvel horizon européen. C’est aussi ce qui explique pourquoi nous demandons maintenant une discussion avec vote au Parlement sur l’adhésion de la Turquie.

La parole libre au service d’une démocratie réelle et vivante : c’est notre credo.
Nous l’avons mis en pratique sur ces deux grandes questions. Notre combat est aujourd’hui récompensé :
Le Président de la République a admis que la ratification du projet de Constitution sera soumise au vote des français par un référendum organisé en 2005.
Le Chef du Gouvernement, précédemment hostile à un débat sur l’adhésion de la Turquie à l’Assemblée nationale, admet enfin qu’une discussion parlementaire pourra être engagée à tout moment. Gageons qu’il admettra le vote d’une résolution !

Vous le comprendrez, cette parole libre que nous revendiquons, c’est pour que le peuple ne soit pas absent et muet sur les grandes affaires qui le concernent.

Anne-Marie COMPARINI

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