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Phénomène médiatique caractéristique de notre époque : il ne s'est pas passé une journée d'été sans que les experts n'aient cherché dans les chiffres publiés ces trois derniers mois, les signes d'un envol de la croissance française.
Et c'est vrai, nous avons tous accueilli quelques résultats avec intérêt: une croissance annuelle qui pourrait s'établir autour de 2,5%, des investissements industriels qui redémarrent, une légère inflexion du chômage et une consommation des ménages, plus soutenue. À leur lecture, comme vous tous, je me suis demandée. Sont-ils annonciateurs, telle l'hirondelle, d'une embellie ? La France est-elle en train de retrouver son tonus, et les français un bon moral ? Je suis- je dois à la vérité de le dire- partagée quant à leur interprétation. Sans les mépriser car ils traduisent les efforts de nos concitoyens, je trouve ces résultats insuffisants pour estimer que la France a éloigné d'elle les signes d'essoufflement qui lui ont coûté si cher en terme d'emplois et de moral ces dernières années. Insuffisants parce que la croissance française est trop liée à la conjoncture mondiale qui elle, retombe. Insuffisants parce que nos performances à l'exportation ne sont pas à la hauteur de nos capacités industrielles. Et parce qu'enfin nos rigidités structurelles - l'obsédant endettement français de 1000 milliards d'euros et la lancinante question de la durée du travail qui pèse sur l'activité- sont toujours si paralysantes.
Mais plus grave encore, je trouve ces chiffres trop éloignés d'un projet de société qui exprimerait une vision fédératrice et entraînante. Projet d'autant plus nécessaire au moment où l'on ressent les risques d'une société éclatée, morcelée, où sont opposés ceux qui travaillent à ceux qui recherchent un emploi, ceux du secteur public à ceux du privé, ceux qui sont dans les grands groupes à ceux des TPE, ceux qui débutent dans la vie aux seniors, ceux des grandes agglomérations à ceux des zones rurales. Notre ambition commune est bien là. Eviter les risques de fracture de plus en plus nombreux: fracture sociale, fracture géographique, fracture de générations. Qui se manifestent déjà. Qui se cumulent souvent et qui peuvent à terme fragiliser ce que nous avons de plus cher : la République. Ce ne sont pas des mots. L'actualité quotidienne montre malheureusement que les fossoyeurs des régimes libres sont à l'affût et que pour rester maîtres de nos choix, nous nous devons au contraire d'être forts. C'est là tout le sens d'un projet de société : rendre chaque individu plus fort pour faire de notre pays une nation puissante et solidaire capable de faire entendre sa voix, sa culture et sa manière d'être en Europe et dans le monde.
Pour ma part, je ne vous cacherai pas que devant chaque texte de loi, c'est à cette France là que je pense. Mais elle ne peut trop attendre. Un lourd endettement casse au final les ressorts profonds des volontés. Elle a besoin de liberté : le Parlement légifère trop alors qu'il est temps de faire confiance aux initiatives individuelles. Elle a besoin de réussites : nos finances publiques doivent dégager des marges de manœuvre dans les domaines qui font gagner : la formation, la recherche, la création d'activités. C'est dans cet état d'esprit que je me prépare à étudier le budget 2005 qui sera au centre des prochains débats de l'assemblée nationale. Anne - Marie Comparini
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