Discours de Marielle de Sarnez
Vice-présidente de l'UDF
Présidente de la délégation UDF au Parlement européen
Journées parlementaires, Reims, le 22 septembre
Au nom des députés européens que j’ai le plaisir et l’honneur de représenter à cette tribune, permettez-moi tout d’abord de remercier les parlementaires de la Marne pour la qualité de leur accueil. Nous avons eu le soleil, le champagne, et même le sourire de l’ange !… Je suis sûre que ces journées resteront, pour nous tous, comme un souvenir très heureux. Merci à Françoise, à Yves, à Jean-Marie et à Charles-Amédé.
Tout au long de ces trois jours passés ensemble, nous avons parlé économie, emploi, croissance, fiscalité et pouvoir d’achat, c’est-à-dire des questions qui ont à voir directement avec la vie quotidienne de nos compatriotes. Et sur toutes ces questions, les Français se méfient, à juste titre, des discours et des effets d’annonce des gouvernants. Ils ne croient plus aux promesses successives car ils voient bien qu’entre la façon dont les gouvernants parlent de ces questions, et la façon dont ils les vivent dans leur chair, il y a un fossé de plus en plus important. Nos concitoyens vivent dans le monde réel alors que leurs dirigeants vivent dans un monde de plus en plus virtuel.
Permettez-moi de vous livrer un sentiment de citoyenne sur la vie politique de notre pays. Depuis trois mois, mon impression est celle d’une course à la communication, comme jamais, beaucoup plus encore que sous le gouvernement précédent à qui l’on reprochait déjà ses formules. Au lieu de l’action engagée, humble, réaliste et courageuse que l’opinion publique est en droit d’attendre de ses dirigeants, on a l’image, les promesses et les effets d’annonce. Or, nous sommes dans des temps plus difficiles qu’ils ne l’ont jamais été. Et dans les temps difficiles, les peuples ont besoin de conscience, de vérité, de volonté et de concret. Et à mon grand regret, je ne trouve dans les jeux d’image auxquels nous assistons, ni conscience, ni vérité, ni concret. Je n’y trouve qu’une course sans fin à l’apparence. Ce n’est pas la rivalité des hommes que je regrette. Après tout, nous sommes plutôt pour la concurrence que pour le monopole. Mais cette rivalité empêche que se forme la confiance puisque l’action, la pensée et le sens sont désormais relégués au second plan.
J’ai pris deux minutes pour vous parler de politique intérieure mais je voulais surtout vous parler d’Europe parce que, depuis le 29 mai, plus personne n’en parle. Depuis le référendum, cette question est devenue tabou. Comme si le vote de la France le 29 Mai n’avait jamais eu lieu. À aucun moment les gouvernants français n’ont dit à nos compatriotes qu’ils comprenaient le sens de leur vote, à aucun moment ils n’ont mis sur la table des propositions pour sortir l’Europe de la crise. Aucun projet, aucune perspective. La seule priorité aujourd’hui, c’est la question des négociations avec la Turquie ! C’est le seul sujet à l’ordre du jour d’une Europe déboussolée, comme si la perpétuelle fuite en avant remplaçait la vision. Avec de surcroît les déclarations successives et contradictoires du Premier ministre. Ainsi, le 2 Août, il annonçait, je cite, « qu’il ne lui paraissait pas concevable qu’un processus quelconque puisse s’ouvrir avec un pays qui ne reconnaîtrait pas chacun des membres de l’Union européenne, c’est-à-dire les 25 ». Ce qui voulait dire qu’enfin la France faisait de la reconnaissance de Chypre par la Turquie une condition sine qua non. Mais le 4 Septembre, le Premier ministre nous disait « qu’on ne pouvait pas, d’un revers de la main, balayer la candidature de la Turquie ». Résultat des courses : les négociations vont évidemment s’ouvrir avec la Turquie, et sans que celle-ci ait reconnu Chypre. La seule réponse apportée au non français du 29 Mai par le gouvernement aura été l’ouverture des négociations avec la Turquie le 3 Octobre ! On voit bien que nos gouvernants n’ont décidemment rien compris aux attentes de leurs concitoyens. Pour notre part, nous continuerons de porter l’idée d’une Europe politique. Contrairement aux déclarations scandaleuses du Président de la Commission, nous ne renoncerons pas à cette idée. C’est pourquoi nous demandons au gouvernement français de reprendre nos propositions : que l’on se remette au travail sur la Constitution pour une ratification d’un nouveau texte, le même jour, dans tous les Etats membres, à l’occasion des prochaines élections européennes en 2009 ; que les chefs d’Etat et de gouvernement, lors de leur prochaine réunion à Londres, décident enfin de rendre publics les travaux du Conseil, de renforcer le contrôle de subsidiarité par les parlements nationaux, et de donner la possibilité aux citoyens de l’initiative de la loi européenne. Enfin, nous demandons que l’Europe retrouve une capacité à agir dans les domaines où la seule dimension nationale n’est plus pertinente. Je pense à l’énergie, à l’environnement, à la défense, à la politique étrangère, à la recherche et surtout à l’économie.
En effet, comment se satisfaire de l’absence de croissance dans la zone euro comme en France. Et sur cette question de la croissance, et donc de l’emploi, comment penser que ce sont les successions de catalogues de mesures, accompagnés de saupoudrage budgétaire, qui inverseront la tendance. Ce n’est évidemment pas la création d’un énième type de contrat de travail, encore plus précaire que les précédents, qui réglera la question de l’emploi dans notre pays. Pour retrouver la confiance, il nous faut d’abord dire la vérité à nos concitoyens sur l’état de nos finances publiques ; réduire le poids de la dette et inverser la tendance constante depuis maintenant trois ans à laisser filer le déficit. Je veux dire au passage que bien sûr on nous raconte des histoires en nous expliquant que l’on va baisser l’IR en 2007 parce que en réalité, il n’y aura aucune marge de manoeuvre pour le faire. Il nous faut aussi inverser la nature des dépenses : réduire les dépenses de fonctionnement pour enfin investir dans les dépenses d’avenir, je pense en particulier à la recherche et aux universités. Et enfin, il nous faut, entrant dans la réflexion que nous avons ouverte, chercher les moyens novateurs pour alléger le coût du travail en trouvant une autre base de financement de la solidarité nationale.
Mais, comment penser que les réponses à la question de la croissance pourraient être seulement d’ordre national. Elles sont évidemment, dans le même temps, d’ordre européen. Nous avons besoin de coordonner nos politiques économiques et industrielles, en Europe et en particulier dans la zone euro. Nous avons besoin de réaliser des investissements lourds, en commun, sur la recherche, les hautes technologies ou les infrastructures pour que l'Europe devienne enfin créatrice de croissance et d'emplois. Et nous avons besoin d’un nouveau « patriotisme » économique européen et non pas franco-français. Comment ne pas être étonnés quand on voit le gouvernement français préparer un décret anti-OPA contre les entreprises européennes alors que dans le même temps, les entreprises françaises ont déjà acheté depuis le début de l’année 146 sociétés européennes, pour 59 milliards d’euros. Moi, je rêve d’une Europe qui nous protège et non pas d’une France qui se referme sur elle-même.
Voilà. Il nous faudra construire et proposer à nos compatriotes, non seulement un projet alternatif pour la France mais aussi pour l’Europe. Et pour reconstruire l’Europe, il faudra reconstruire la France en s’inspirant des principes suivants :
. principe de vérité : les gouvernants doivent la vérité sur la situation réelle du pays à leurs concitoyens ;
. principe d’équité : pour réussir, les réformes doivent être conduites de manière à garantir le sentiment de justice ;
. principe d’impartialité : l’Etat se doit d’être le garant de l’intérêt général, il n’est pas là pour protéger des intérêts particuliers ou partisans.
C’est un nouveau contrat de confiance qu’il nous reviendra de proposer à nos concitoyens, pour la France et pour l’Europe.
Et il n’y a pas de plus beau mot que le mot de confiance. La confiance, c’est ce qui fait qu’un peuple peut à nouveau croire en son avenir. La confiance c’est la condition pour que l’espoir soit à nouveau possible.