Anne Marie Comparini présente cette conférence comme un moyen pour mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons, et profite de cette introduction pour remercier tous ceux qui ont participé à la campagne tonique que nous avons menée pour l’Europe.
Elle regrette que les résultats nationaux n’aient pas été comparables à ceux obtenus sur Lyon et rappelle que l’Europe reste une nécessité vitale pour notre Pays.
A-M Comparini présente Raymond Soubie dont elle salue le parcours hors normes : tout d’abord Conseiller de Raymond Barre, puis Dirigeant de la revue Liaisons Sociales, Créateur du cabinet Altedia spécialisé en Ressources Humaines.
Elle poursuit en expliquant que la France connaît une période peu ordinaire avec une situation de l’emploi préoccupante qui ne fait que renforcer les peurs des Français : le chômage est élevé et permanent, il frappe les plus jeunes et les quinquas. Les Français doutent également de leurs élus et ne savent plus si les élus sont encore capables de modifier le cours des choses.
A-M Comparini reconnaît qu’elle vient de brosser un tableau sombre de la situation politique et économique du pays même si celle-ci est légèrement meilleure à Lyon qu’au plan national. Elle explique que l’intervention de Raymond Soubie donnera des pistes en matière d’économie et d’emploi.
Raymond Soubie fait le constat d’une économie française qui ne crée plus suffisamment d’emplois même en période de croissance et rappelle que, pour créer de l’emploi, la France doit bénéficier d’une croissance annuelle de 3 %. Notre pays doit faire face, depuis 25 ans, à la montée d’un chômage de masse. On constate que les autres pays de l’OCDE, mais surtout les Etats-Unis et la Grande-Bretagne créent plus facilement de l’emploi que notre pays à croissance équivalente. Il rappelle qu’à ses débuts professionnels on estimait que notre pays ne pourrait pas supporter d’avoir plus de 350.000 chômeurs. Or aujourd’hui nous atteignons plus de 2.500.000 sans emploi, sans véritable remise en cause de notre modèle social.
Plusieurs facteurs expliquent les difficultés rencontrées par notre économie :
- Le système social français est l’un des plus protecteurs, ce qui n’empêche pas les salariés d’être très craintifs. Grâce aux évolutions économiques, il souligne que la France doit faire face à un taux très important de dépenses publiques qui peuvent, dans certains cas, être un frein au développement économique. Des pays scandinaves, tels le Danemark et la Suède, ont également choisi d’avoir un modèle économique où la puissance publique joue un rôle majeur, mais ces pays ont privilégié les dépenses tournées vers l’innovation et la recherche. De la même façon ils ont également privilégié une réglementation du travail qui allie souplesse de l’embauche et protection accentuée aux salariés.
- Le 2éme frein pour l’économie française se caractérise par son absence de spécialisation, les Français veulent tout faire ce qui les empêche de créer des pôles d’excellence reconnues internationalement. A l’inverse la Grande-Bretagne a choisi, quasi exclusivement, un développement économique tourné vers la banque et la finance, l’Allemagne a tourné son économie vers l’industrie mécanique et l’industrie lourde.
Raymond Soubie considère que l’économe française est victime non pas forcément d’une législation du travail trop rigide, mais d’une législation trop complexe et trop changeante.
Or l’incertitude n’est pas un élément favorable à la création de richesse en prenant exemple des multiples contrats aidés dont le fonctionnement devient incompréhensible pour les créateurs d ‘entreprises.
Sur ces contrats aidés, R. Soubie considère qu’ils sont souvent l’objet d’effet d’aubaine pour les entreprises alors qu’ils devraient se limiter aux personnes les plus en difficulté. L’économie française s’est axée vers les métiers tertiaires, crée de ce fait moins d’emplois en cas de réponse économique. Comme les autres économies européennes, notre économie doit faire face, ces dernières années, à des délocalisations vers des pays émergents tels la Chine et l’Inde. Ce processus se développe désormais dans des secteurs de plus en plus pointus car les salariés des nouveaux pays acquièrent désormais technicité accrue.
L’absence d’un véritable dialogue social dans l’entreprise est un frein au développement économique car les diverses parties ne se considèrent pas comme des partenaires mais plutôt comme des adversaires. Dans ce domaine, il regrette le faible taux de syndicalisation en France mais surtout l’émiettement syndical et une certaine maladresse du côté patronal. Il reproche aux élus politiques leur vision économique à court terme et leur obsession à obtenir des résultats rapides. Or, selon lui, les résultats d’une politique économique ne peuvent être réellement jugés que sur une période de 5 à 10 ans.
Après ce constat, Raymond Soubie ébauche un certain nombre de solutions envisageables. La nation doit faire un effort particulier et mettre tous les moyens nécessaires pour soutenir un chômeur dans les premiers mois après sa perte d’emploi car le véritable problème n’est pas le chômage mais le chômage de longue durée qui fait perdre à la personne confiance en elle et son employabilité.
La France devra dans les prochaines années opter pour des spécialisations économiques et Raymond Soubie pense que notre pays devrait se tourner vers la recherche, les biotechnologies et certains pôles de compétence à définir en fonction de nos besoins.
Ce développement de l’économie française ne sera possible que si une véritable politique de formation continue tout au long de la vie est mise en place afin de permettre à chacun de rebondir après un éventuel échec professionnel ou une période de chômage.
Raymond Soubie termine son intervention en estimant que les politiques doivent donner des lignes directrices capables de recréer la confiance mais ne doivent pas intervenir massivement dans l’économie afin de laisser toute leur place au dialogue social.
Notre pays est victime de son trop grand individualisme, il doit réapprendre l’engagement collectif et citoyen.