Budget Enseignement supérieur –Recherche
Intervention du 3 novembre 2005
La France a des atouts réels et des talents dans le domaine des universités et de la recherche et elle peut se donner les moyens d’en tirer profit pour sa croissance, à condition de rompre avec l’insuffisance de l’effort public et les manques organisationnels qui ont caractérisé ces dernières décennies.
Le budget 2006 universités – recherche a le mérite , comme le gouvernement s’y était engagé , d’augmenter l’effort que le pays doit consentir pour éviter d’une part, un affaiblissement de la croissance et des investissements dans les nouvelles technologies ; d’autre part, une fuite des jeunes chercheurs vers l’étranger.
En matière d’emplois sont proposés de nouveaux postes d’enseignant -chercheur, pour répondre à des besoins réels amplifiés par la mise en place du Lmd, commencer à traiter l’emploi environné qui connaît un retard chronique, par la création d’emplois de personnels administratifs et techniques, ainsi que des emplois de chercheurs pour les organismes nationaux. Egalement prévues la revalorisation de l’allocation de recherche et des mesures catégorielles pour améliorer leur rémunération et leur passage dans le privé. Deux remarques cependant :
1. cela concerne la période 2005-2007. Au-delà, la poursuite de l’effort n’est pas assurée. C’est dommage car nous sommes dans un secteur stratégique qui doit éviter les effets en dents de scie et affirmer une continuité appuyée de postes à créer dans l’université et dans la recherche. On reste en effet loin des créations d’emplois qui étaient chiffrées dans un rapport récent du Commissariat au Plan fin septembre !
2. de même la situation des allocataires et des doctorants n’est pas au niveau d’une université moderne et attractive pour les jeunes chercheurs. Nous aurions souhaité plus d’audace et un véritable cadre juridique de parcours professionnel souple en leur faveur qui va bien au-delà d’une revalorisation de l’allocation.
En matière de locaux. Nous connaissons tous les campus français, leur vétusté et leur fonctionnement d’un autre âge. Leurs besoins en investissements sont pris compte. Mais est-ce suffisant, pour qu’ils tiennent la comparaison face aux grandes universités européennes ou nord américaines ? Les AP sont en tendanciel de baisse. Ne faut-il pas, les CPER étant dans leur dernière année, préparer très rapidement un nouveau programme de modernisation des campus sur la base d’efforts conséquents?
Enfin en matière de vie étudiante, vous améliorez la vie des étudiants et leur autonomie en revalorisant le système d’aides, en facilitant leur mobilité. Mais n’est-il pas temps de les aider à financer leurs études ? Les prêts bancaires à taux réduit et déductions fiscales, c’est bien je les avais demandé l’an dernier. Cependant beaucoup d’étudiants travaillent pendant leur scolarité et leurs emplois sont souvent éloignés de leurs études.
Ne faut-il pas développer les liens entre études et travail pour que ce premier emploi soit la porte d’entrée de leur insertion professionnelle future? Et ce, d’autant plus que le chômage des jeunes diplômés issus de l’enseignement supérieur (3ème ou 2ème cycle) s’est aggravé ces dernières années. Ne peut-on surtout pour les stages en entreprises obligatoires envisager leur réglementation par accord interprofessionnel, pour mieux les encadrer et indemniser. C’est un défi à relever dans l’intérêt de tous : jeune et entreprise.
Mais à la lecture du budget, d’autres questions se posent.
Sur l’incitation louable à créer des pôles de recherche et d’enseignement supérieur, sous des formes différentes.
Sur la nécessité attendue de développer des axes de compétitivité et une recherche industrielle, facteur de dynamisme pour nos entreprises.
Elles tournent toutes autour de besoins urgents d’organisation du couple recherche - université.
Or, dans l’avant projet que vous présentez, ce besoin d’organisation s’apparente plus à un éclatement du paysage institutionnel qu’à la fondation visible d’une véritable politique. Déjà, le partage des rôles et des financements entre l’Agence nationale de la recherche et l’Agence de l’innovation industrielle n’est pas d’une simplicité évidente. Comment un tel dispositif qui conserve par ailleurs la dualité : grands organismes (CNRS, INSERM, INRA, INRIA…) – universités sans traiter de leurs rapports, facilitera-t-il la créativité, la souplesse, l’émergence de jeunes équipes qui conditionnent largement le succès de la recherche ? Comment l’équilibre entre la recherche fondamentale et industrielle sera-t-elle assurée, lorsqu’on sait que le milliard supplémentaire annuel pour la recherche incorpore les 460 millions d’euros d’aide directe au privé et que la Mires qui couvre toutes les finalités du fondamental au militaire ne voit ses crédits en euros constants n’augmenter que de O, 6%. Et de 1% si on inclus les crédits de l’Anr, prévus pour les laboratoires ?
- ensuite notre système reste trop centralisé, trop figé au point de marginaliser des universités où se réalise une part importante de la recherche fondamentale. Il doit changer : les directions des pôles ou des campus doivent enfin bénéficier d’autonomie dans la définition des stratégies, leur mise en œuvre et leur gestion, et d’autorité sur les personnels qui y travaillent.
Avec ces questions, vous l’aurez compris, notre attente est forte d’une université française, capable de dispenser des savoirs dans des campus attractifs et bien équipés, avec des enseignants à qualification élevée qui éclairent leurs cours par des ouvertures sur la recherche, des partenariats avec l’entreprise, de nombreux étudiants ne connaissent pas la vie réelle en entreprise, et par la connaissance d’autres cultures en recevant des professeurs d’autres universités du monde.
Notre attente est forte d’une recherche sur laquelle on doit investir sans trembler pour qu’elle gagne en transparence, en qualité, en souplesse et en efficacité dans un cadre européen lui-même en pleine mutation.
Nous savons tous qu’université et recherche ont besoin d’améliorations organisationnelles, aussi importantes que des moyens financiers accrus pour corriger les défauts structurels qui les minent : le cloisonnement excessif, la rigidité du statut des chercheurs, le manque de transferts public-privé, les défaillances du système universitaire, comme le démontre excellemment la Cour des comptes dans un rapport récent.
Voilà pourquoi le groupe UDF déplore que pour la deuxième année consécutive, nous étudiions un budget sans avoir eu à débattre du projet d’orientation de la recherche.