Intervention en séance du 8 novembre 2004
Budget Enseignement supérieur
Monsieur le Ministre, vous avez dit le budget de l’enseignement supérieur 2005 sera un budget charnière. C’est ce qu’il est !
Prudent, il ne fait que répondre à la marge les insuffisances manifestes de l’enseignement supérieur français.
En matière de personnels. Les emplois d’enseignants- chercheurs progressent comme vous l’aviez annoncée. Mais le faible taux d’encadrement -chronique depuis de très nombreuses années – persiste, et la notion d’emploi environné demeure absente de la logique de gestion des ressources humaines, alors que la création de postes d’enseignant chercheur ne trouve sa pleine efficacité qu’accompagnée de personnels administratifs et techniques en nombre suffisant.
Nous ne pouvons occulter cette situation. Les universités ont des besoins réels amplifiés par la mise en place du Lmd, mangeur de temps, ou le remplacement des professeurs partant à la retraite. Certaines d’ailleurs et je l’entends souvent à LYON, emploient des vacataires du secondaire pour assurer les enseignements !
Comment alors un enseignant peut-il mieux accompagner l’étudiant, l’un des objectifs du LMD, se consacrer à l’enseignement et à la recherche s’il lui faut en outre consacrer du temps au travail administratif ?
Il y a là une 1ère question à débattre : sommes nous prêts à payer le prix pour obtenir un enseignement supérieur attractif ?
D’abord avec un plan pluriannuel de postes à créer dans l’université et pas seulement, dans la recherche car c’est le couple enseignement supérieur-recherche qui nous donnera des pôles puissants.
Avec aussi comme je l’évoquai lors de l’examen du budget recherche, des changements organisationnels tels la mise en place à terme d’un statut général des enseignants- chercheurs et des chercheurs. Un statut qui donnerait de la souplesse dans la temporalité, l’alternance ou la concomitance des activités de recherche, de formation et d’animation des équipes. Une possibilité à ne pas perdre de vue au moment où nous voulons renouveler les générations d’enseignant et de chercheur et rendre plus intéressantes ces deux fonctions.
En matière de locaux. Nous connaissons tous les campus français, leur vétusté et leur fonctionnement d’un autre âge. Songeons par exemple que nos bibliothèques ne sont pas d’accès libre le soir et les fins de semaine.
Certes vous prenez en compte leurs besoins en investissements. Mais ce budget sera-t-il suffisant, tant le retard est important!
Il y a là encore une question à débattre : pourrons nous réussir à augmenter le nombre d’étudiants étrangers, qui est primordial pour la rayonnement intellectuel français, sans avoir modernisé nos établissements qui aujourd’hui ne tiennent pas la comparaison face aux grandes universités européennes ou nord américaines ? Ne faut-il pas préparer très rapidement un nouveau programme de rénovation des campus de France sur la base d’efforts d’investissements conséquents?
Enfin en matière de vie étudiante , vous veillez à améliorer l’autonomie des étudiants en revalorisant le système d’aides, en facilitant leur mobilité, par l’inscription de 12 OOO mensualités supplémentaires en fait 1200 bourses d’études, et leur accès aux nouvelles technologies par la négociation de prêt avantageux pour acquérir un micro portable.
Vous faites un effort particulier, à saluer d’ailleurs tant il était attendu, en direction du logement.
Mais n’est-il pas temps de réfléchir à la manière d’aider les étudiants à financer leurs études ?
Pour les ordinateurs, vous avez pu proposer des prêts avantageux. Ne peut-on par analogie et puisque vous réactivez les prêts d’honneur, obtenir du système bancaire des formules de prêt à taux réduit ?
De plus en France comme ailleurs, beaucoup d’étudiants travaillent pendant leur scolarité. Mais ces emplois ont rarement quelque chose à voir avec leurs études. Là aussi ne peut-on développer les liens entre études et travail pour que ce premier emploi soit la porte d’entrée de leur insertion professionnelle future? Un défi à relever dans l’intérêt de tous : jeune et entreprise.
Outre ces observations nées de vos propositions,
je regrette que par manque de moyens, vous ne puissiez exprimer un dessein d’avenir. Il y a tant à faire pour l’enseignement supérieur français!
Certes il a su, pour l’essentiel, répondre à la croissance considérable de demande d’éducation de ces 20 dernières années grâce à la qualité de nos enseignants. Mais avec le temps, il se révèle inadapté aux besoins de notre société et de son économie. Et chaque année qui s’écoule, nous éloigne un peu plus des pays qui ont su adapter, rénover leurs universités.
Il est donc temps pour nous aussi de revoir les objectifs de notre système afin qu’il se mette en situation de
répondre à de nouveaux défis:
• les besoins grandissants de formation tout au long de la vie. Un secteur en pleine croissance qui accompagne les changements technologiques ;
•
l’ouverture internationale et la dimension européenne des études. Un élément indispensable à la valorisation du cursus de chaque étudiant et pour les établissements, un impératif pour la réputation de leur offre de recherche et de formation.
•
le développement des relations et des partenariats avec l’entreprise tant il est regrettable que de nombreux étudiants ne connaissent pas la vie réelle en entreprise et que les entrepreneurs ne cherchent pas mieux à connaître l’université.
Ces réflexions s’imposent car à la différence de la situation qui prévalait il y a peu encore, la 1ère mission des universités est de donner à chaque étudiant toutes les chances de trouver son domaine d’excellence pour se préparer aux métiers de demain. Or elles sont peu préparées à l’orientation de ces étudiants ce qui entraîne un échec considérable au cours du 1er cycle et une insertion professionnelle lente et incertaine.
La préparation à la vie professionnelle doit devenir un impératif. Elle passe par une bonne orientation, on ne le dira jamais assez, et ce, dés le secondaire. L’application de la réforme du LMD nous y oblige. De même, que la réforme du LMD nous oblige à garantir que le diplôme aura égale reconnaissance quelque soit l’université.
La seconde mission de l’université est d’ouvrir ses enseignements sur la réalité de l’économie actuelle. Elle doit le faire, dans des campus attractifs et bien équipés, avec des enseignants à qualification élevée qui éclairent leurs cours par des ouvertures sur la recherche et par leur aptitude à obtenir des stages ou à recevoir des professeurs venus d’autres universités du monde.
Tout cela bien sur a un coût et impose de nouvelles organisations que nos partenaires européens ont su réaliser en admettant le renchérissement du supérieur et en le prenant en compte dans leur stratégie nationale.
Vous comprendrez dés lors qu’en conclusion je fasse un vœu.
Et qu’à la suite de la grande séance de brainstorming sur l’école avec le rapport Thélot, sur la recherche avec la commission Beaulieu, en espérant que vous n’oublierez pas l’université, nous puissions partager des objectifs ambitieux quelle que soit notre place dans cet hémicycle.
Cela montrerait que la France est en mesure d’initier sur la base de moyens importants et d’un calendrier clairement établi, un programme d’éducation visionnaire pour son avenir et sa place dans le monde.
Le groupe UDF votera donc ce budget, en espérant vivement que votre ardeur réformatrice se manifestera dans le budget 2006.