Manifestations, colloques, rapports. Tout nous parle des défis auxquels la recherche française est confrontée pour éviter la fuite des cerveaux, améliorer le travail et la rémunération des chercheurs, accroître son excellence et renforcer l’innovation au profit de la croissance.
Le budget 2005, comme le gouvernement s’y était engagé, prévoit des mesures nouvelles. Création d’emplois statutaires, crédit d’accueil de chercheurs de haut niveau, moyens financiers accrus pour les laboratoires, agence nationale pour la recherche.
Mais ces annonces sont loin de répondre aux challenges de ce secteur, stratégique pour le développement économique et social. Le bcrd enregistre une hausse, mais après deux années de forte chute. Les emplois scientifiques subissent un effet de stop and go : 1000 créations en 2004- 200 en 2005, alors qu’il faudrait une continuité appuyée pour anticiper les départs à la retraite et leur remplacement par de jeunes talents. Les laboratoires disposeront de moyens en hausse de 33% mais ils ne combleront en fait que le retard accumulé depuis plusieurs années.
Elles sont loin aussi de correspondre au sursaut attendu par la communauté scientifique qui connaît bien, pour les vivre au quotidien, les lacunes de notre système national.
Son manque de lisibilité pour nos concitoyens, pour les chercheurs et pour les entreprises, en raison du nombre des interlocuteurs.
Son lourd déficit de coordination et de réactivité tant au niveau de la définition des stratégies qu’à celui de la gestion quotidienne. Chaque organisme a tendance, en recherche et en valorisation, à travailler de son côté.
Son indigence financière qui ne permet pas de recruter et d’investir dans les secteurs scientifiques qui paient le plus sur la durée.
Je sais que le budget 2005 est un budget charnière dans l’attente de la future loi d’orientation. Cependant le chantier »recherche » est si symbolique d’une confiance retrouvée des chercheurs dans leur Institution qu’il aurait mérité des signes forts devaient être donnés et ’une réflexion globale sur des changements organisationnels aussi importants que des moyens financiers accrus.
C’est sur eux que je concentrerai mon court propos.
En disant d’abord, il faut réunifier recherche et formation qui sont profondément imbriquées puisque 8O% des capacités sont implantées au sein des universités.
Le rôle structurant des universités doit donc être clairement mis en lumière et elles doivent devenir des centres d’enseignement et de recherche, des lieux d’application du triptyque recherche- formation - innovation comme cela se pratique dans tous les pays européens.
Les avantages d’une telle évolution sont nombreux. Réunies autour d’une même direction, recherche et formation pourront tendre vers le plus haut niveau international ; développer le métier d’enseignant chercheur et de chercheur en facilitant leur passage d’une activité à l’autre ; renforcer leurs capacités sur des secteurs ciblés en recherche fondamentale sans lesquels aucun transfert d’innovation n’est réalisable et s’organiser efficacement autour d’un site ou d’une région pour avoir une vision territoriale plus marquée et valoriser les bonnes idées issues de la recherche en multipliant les liens avec les entreprises.
En disant ensuite, il est urgent de réfléchir à un statut unique qui pourrait stopper à terme l’explosion des statuts (postdoc, bourses de fondations, cdd) qui confinent certains emplois scientifiques dans la précarité, pourrait faciliter la mobilité professionnelle des chercheurs et mettre fin aux carrières figées dans lesquelles ils se sentent parfois coincés.
Ce statut donnerait de la souplesse dans la temporalité, l’alternance ou la concomitance des activités de recherche, de formation et d’animation des équipes. C’est important au moment où nous voulons renouveler les générations de chercheurs et rendre plus facile par la mobilité, les interactions entre recherche publique et privée.
En disant encore, il faut confier la gestion des chercheurs aux universités quand ils travaillent dans des laboratoires mixtes. Déjà, le contrat quadriennal des universités intègre les projets à moyen terme des deux missions. Demain, l’introduction des masters recherche sera une nouvelle étape de ce rapprochement. Plutôt que de le subir, organisons le !
En disant enfin, soyons clairs: L’agence nationale pour la recherche présente certainement une utilité. Cependant aujourd’hui alors que vous prévoyez déjà son financement, nous ne connaissons ni son organisation, ni son fonctionnement et son articulation avec les autres organismes de recherche. Ne risque-t-elle pas d’être un fonds supplémentaire ?
Vous l’aurez compris, la recherche est pour le groupe UDF un immense patrimoine qui a de l’avenir et sur lequel on doit investir sans trembler pour qu’il gagne en transparence, en qualité, en souplesse et en efficacité.