VIOLENCES DANS LES BANLIEUES
pour le groupe UDF
Jean-Christophe LAGARDE,
Député UDF de Seine-Saint-Denis
Maire de Drancy
Monsieur le Président, Monsieur le Premier Ministre, chers Collègues,
La France traverse une crise grave, sans précédent dans l’histoire de 1’après guerre. Les violences qui traversent notre pays depuis maintenant 12 jours et jettent la consternation dans tout le pays, ne sont pourtant pas le fruit du hasard. Elles doivent naturellement cesser car rien n est possible dans la violence. Et nous le savons bien, nous qui vivons dans des villes plus défavorisées que les autres, nous qui devons gérer au quotidien, et pas seulement quand il y a des caméras de télévision, le cumul d’un urbanisme raté et inhumain, d’une école qui ne parvient plus à transmettre les règles de vie de la République ni le passeport qui permet d’accéder à un emploi, d’une justice qui a depuis bien longtemps renoncé à faire respecter l’Etat de droit de façon équitable partout.
Chez nous, c’est plus difficile qu’ailleurs, de construire, de développer de nouveaux atouts pour la population, de permettre à chacun d’avoir sa chance. Alors quand on détruit, qu’on brûle, qu on pille, c’est encore plus diffiei]e qu’ailleurs de reconstruire et de repartir de l’avant.
Bien sûr, la priorité absolue de l’Etat, de chacun de nos concitoyens doit être le rétablissement de l’ordre sans lequel la République ne peut rien accomplir. Et je veux dire ici notre admiration et notre reconnaissance pour le travail admirable accompli ces derniers jours par les forces de police, qui bien qu’épuisée conserve un sang froid qui nous a évité de nouveaux drames, des sapeurs pompiers qui, bien que menacés et agressés n’ont jamais renoncé à porter secours en tout point où cela flambait. Je veux saluer également et remercier les Maires, les employés municipaux, les associations, les enseignants, les animateurs et les éducateurs qui ont très largement contribué à ramener le calme dans des quartiers qui brûlaient hier encore. Noter l’intervention citoyerme des plus grands dans les cités difficiles, ces 20-35 ans qui sont descendus pour nous aider à faire entendre raison aux plus jeunes, démentant par là même l’image trop facile et trop souvent véhiculé selon laquelle les habitants de ces quartiers seraient tous les mêmes.
Vous avez décidé d’appliquer la loi de 1955 sur 1’Etat d’urgence. C’est du devoir de l’Etat de se donner les moyens d’assurer la paix civile lorsqu’il est dépassé par les événements. Le couvre feu pourra peut-être être utile dans certains quai-tiers. Mais Monsieur le Premier Ministre, nous n’avons pas attendu pour travailler au rétablissement de la situation et nous y sommes très largement parvenus sans mesures extrêmes. Pour un département comme la Seine-Saint-Denis, pardon de le dire, l’Etat arnve un peu tard. Aussi voudrais-je vous lancer une mise en garde dans la mise en oeuvre de cette mesure. Ne prenez pas de décisions sans consulter les Maires des communes concernées. N’imposez pas de couvre,feu là où nous n’en n avons pas besoin, sans quoi vous prendriez le risque de raviver les tensions que nous avons pu apaiser.
Au-delà du rétablissement de l’ordre, au nom des milliers de victimes d’incendies de voitures, de commerces, d’entreprises ou de bâtiments publics, la population de nos quartiers demande que des sanctions lourdes soient appliquées contre ceux qui s’en sont rendus coupables. Trop longtemps faible et sans volonté la république doit défendre ses citoyens mais également ses principes afin que la violence ne devienne pas un mode de revendication en France. Etje tiens à vous dire que la Justice ne doit pas le faire quand des quartiers brûlent et que les émeutes surgissent. Elle devrait le faire enfin, enfin! chaque jour afin que ceux qui constituent l’écrasante majorité des habitants, jeunes et moins jeunes de nos quartiers, ceux qui respectent les lois finissent par s’en sortir mieux que ceux qui trichent avec la loi.
Monsieur le Premier Ministre, si l’ordre peut-être rétabli, la crise profonde que nous connaissons bien et que beaucoup découvrent aujourd’hui n’en sera pas pour autant réglée. Ces événements sont le signe d’une république faible, d’une absence de volonté politique, d’un système à bout de souffle. Le monde politique est donc si malade, la représentation de la population est donc à ce point faussée qu’on n’a rien vu venir. Pendant 25 ans, alternance après alternance, les dirigeants successifs ont beaucoup parlé des banlieues, ont proposé qu’on repeigne les boîtes à lettres, qu’on renforce le nombre d’enseignants, qu’on finance quelques séjours de vacances, qu’on procède au ravalement de quelques ghettos. Bref on a voulu seulement accompagner la misère pour la rendre plus supportable. Chaque Gouvernement, dans un domaine pourtant où l’action doit être déterminée et stable dans la durée, n’a eu de cesse que de défaire ce que son prédécesseur avait fait. Et finalement cela arrangeait tout le monde qu’on concentre les difficultés au même endroit, du moment qu’on n' entende pas trop parler. 25 ans après, le drame est là, bien présent sous nos yeux.
Pour le résoudre, nous croyons à l’UDF que la crise est grave la France doit se rassembler par delà les divergences politiques, qu’il faut que les grands partis de gouvernement s’engagent sur un pacte républicain pour les banlieues. Ce pacte doit reposer sur trois piliers que nous pourrions élaborer ensemble et que nons nous engagerions à poursuivre quelques soient les alternances locales et nationales.
Premier pilier, réparer les erreurs d’urbanisme des années 50-70, reconstruire des quartiers où on peut vivre et grandir en conservant l’espoir de vivre mieux grâce à ses efforts. Cela ne demande pas des annonces à 18 mois, mais une action déterminée sur une décennie au moins. L’argent qui y est consacré aujourd’hui est insuffisant. Le centralisme et la bureaucratie imposes aux maires pour construire des projets freinent tout. Et puis M. le premier Ministre, 1’Etat doit devenir directif pour imposer une répartition harmonieuse du logement social, même si cela doit heurter certains de vos amis.
Deuxième pilier accepter que 1’Education nationale s’adapte aux besoins de chaque enfant, àses besoins réels et aux difficultés qu’il traverse. Nous ne pouvons plus considéré que chaque élève doit rentrer dans le même moule et nous dire «tant pis» quand il y en a qui ne peuvent y rentrer et reste au bord du chemin. Vous avez proposé une piste possible, bien d’autres sont nécessaire mais nécessite un accord entre tous les courants d’opinion pour y parvenir.
Troisième pilier, rétablir la justice dans son rôle qui est de protéger les faibles et les victimes au lieu de ne regarder que les coupables. Remettre sur le chantier l’ordonnance de 1945 sur les mineurs car ceux d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec ceux de l’après guerre. Remettre la responsabilité des parents au coeur des devoirs de chaque famille tout en aidant ceux qui perdent pied.
Monsieur le Premier Ministre au-delà du nécessaire rétablissement l’ordre, la république doit retrouver de la force et de la volonté si elle ne veut pas sombrer vers des solutions extrêmes. La France doit briser ses propres tabous si elle veut éviter que des quartiers flambent et que sa jeunesse ne croit plus en elle. La Nation doit savoir se rassembler pour produire un effort constant et déterminé afin que chacun puisse croire dans les valeurs qu’elle affiche. A 1’UDF nous sommes prêts à y travailler sans esprit partisan.
En savoir plus: Lire la position de François Bayrou le 8 novembre 2005