Table-Ronde - "Faire de la Recherche un véritable levier de création d'emploi en France"
Pourquoi Microsoft est-il américain ? Pourquoi n’y a-t-il pas de prix Nobel dans les universités françaises ? Pourquoi les chercheurs veulent-ils être sauvés ? Pourquoi a-t-on un déficit de 120 000 chercheurs en France ?
Pour répondre à ces interrogations, et de manière plus large pour comprendre comment la Recherche peut-être un levier pour l’emploi, les jeunes UDF ont réuni autour des députés Anne-Marie COMPARINI, Porte Parole de l’UDF sur les questions de Recherche, et Pierre ALBERTINI, Porte Parole de l’UDF sur les questions d’Emploi, un éventail de toutes les composantes de la Recherche en France.
Ainsi, des représentants de la recherche publique, George DEBREGEAS, Porte Parole de « Sauvons la Recherche », et Yannick VALLEE, Premier Vice-président de la Conférence des Présidents d’Université, un représentant du transfert de l’innovation, Pascal NIEF, Administrateur et Trésorier de France technopole Entreprises Innovation, et des acteurs du monde de l’industrie, Mireille BATTUT, Directrice Développement International du Groupe Alpha et Dominique MANGEOT, Vice-président du LEEM et PDG des Laboratoires Boehringer France, ont tous apporté un éclairage précieux sur les problématiques complexes entourant l’innovation en France.
Ces interventions ont permis de comprendre quels sont les enjeux à court terme de la LOPR (Loi d’Orientation pour la Recherche Publique), quels sont les moyens pour inciter les entreprises opérant sur le territoire français à investir d’avantage dans la recherche et, finalement, quelle organisation permettrait de mettre la Recherche au service de la création d’emploi.
Enfin, Pierre ALBERTINI a su synthétiser, malgré un débat extrêmement riche, les idées des intervenants afin de poser les premiers jalons d’un projet politique ambitieux mais vital pour la Recherche française et l’avenir de notre pays.
=> Présentations par les animateurs des jeunes UDF
Emploi :
Le taux de chômage français est plus élevé en France que dans la moyenne des autres pays de l’Union européenne (10 % contre 8,1 % en moyenne pour l’Union européenne.)
Une autre spécificité française: le chômage des moins de 25 ans qui stagne à 23,3 %
La prise en charge du chômage (indemnités…) représente un coût pour la collectivité à hauteur de 1/5ème du Budget de l’Etat.
Les leviers d’actions possibles sont:
- les investissements de l’Etat
- levier fiscal
- la politique monétaire
- les infrastructures
- les aides et subventions
- la réglementation (normes, lois qui ont un côté incitatif et qui permettent de donner un coût de fouet à la croissance)
- emploi public direct
- politique de l’emploi et démographie
- politique de formation et de recherche
Mais tout ceci est limité par la situation budgétaire de l’Etat
Recherche : « Etat des lieux de la recherche en France »
La Stratégie dite de Lisbonne prévoit de passer à 3% du PIB des pays de l’UE consacré à la recherche d’ici 2010. Ce taux est déjà atteint depuis plusieurs années par le Japon et les Etats-Unis.
Il existe deux systèmes de recherche :
- La recherche pure qui est la spécialité des organismes publics tels que les EPST (Etablissements publics à caractère scientifique et technologique) type CNRS, agri…, ou les EPIC (Etablissement Public à Caractère Industriel et Commercial (CNES, CEA…).
- Recherche & Enseignement qui sont le fait des universités, des écoles d’ingénieurs…. Par des enseignants-chercheurs ou encore l’ »ANR » (Agence Nationale de Recherche) nouvellement créée.
La performance des Etats-Unis dans le domaine de la recherche peut s’expliquer par :
- l’existence de fonds d’amorçage
- une logique de valorisation par dépôt de brevets
- un Budget fédéral, qui implique donc tous les Etats-Unis, contrairement à l’UE où la recherche n’est pas une politique communautaire.
- Des salaires élevés pour les chercheurs
=> Intervention d’Anne-Marie COMPARINI
Le milliard d’euros promis par le gouvernement est un minimum et s’apparente à du saupoudrage. Il est temps de proposer un vrai plan d’action en s’attachant à respecter deux règles de bon sens :
I- Une programmation clairement établie, pas en dents de scie, complète (notamment avec la question des emplois administratifs qui doivent permettre aux chercheurs de se consacrer exclusivement à leurs recherches), et menée avec ténacité sur une période longue.
Ce sujet doit faire émerger une majorité d’idées, qui dépasse largement les termes de l’alternance politique. Bref, une politique de recherche doit s’inscrire dans la durée.
II- Une Stratégie cohérente qui concerne les moyens financiers mais aussi les hommes et les structures.
Dans ce cadre, on n’échappera pas à 3 directions menées de concert, 3 approches :
1/ Enseignement / Recherche
- reconnaître que l’enseignement, la recherche et les industries sont intégrés et travaillent en commun. Les « PRES » (pôles de recherche et d’enseignement supérieur) sont un succès et doivent être un modèle. Leur développement doit être encouragé.
- Donner à chaque université la responsabilité de s’organiser et de gérer les objectifs généraux fixés par la Nation avec des ressources majoritairement publiques. Dans cette perspective, il faut nommer un chef d’orchestre qui anime l’ensemble et qui pourrait être le Président de l’Université, qui regroupe en son sein l’enseignement et les laboratoires de recherche
- Question du périmètre des pôles qui n’est pas forcément limité à une université mais peut correspondre à une aire géographique ou une fédération d’établissements du moment que cela correspond à une organisation efficace du territoire.
2/ Par ailleurs, la recherche, comme l’innovation, passe d’abord par les hommes. Il faut se préoccuper de leur nombre, de leur situation et de leur statut.
Il faudra bien investir – même si cela a un coût, dans l’emploi scientifique. Deux propositions importantes :
- mise en place à terme d’un corps unique des enseignants-chercheurs et des chercheurs, avec des options variables qui facilitent le passage de l’une à l’autre fonction et la mobilité vers la recherche privée. L’introduction des masters sera une nouvelle étape de ce rapprochement
- Prendre en compte le temps passé dans le privé par les enseignants chercheurs pour leur parcours professionnel.
Pour redonner confiance aux jeunes et rendre attractif le domaine de la recherche, on peut s’intéresser à trois pistes :
- prendre en compte la préparation de thèse comme un premier emploi (allocations de recherche remplacée par un « salaire »)
- créer un vrai statut d’enseignants-chercheurs associés pour les doctorants et post-docs.
Pour les doctorants, envisager la possibilité de cumul de l’allocation et d’un emploi franc vers les PME
- Pour les étudiants, il faut s’intéresser à la mise en place d’un accord interprofessionnel sur la réglementation des stages en entreprises qui puisse faire en sorte que ceux-ci soient mieux encadrés, mieux rémunérés et pris en compte dans le parcours professionnel. Il convient aussi de favoriser les contrats de professionnalisation.
3/ Innovation et PME.
On sait que les grands groupes pourront toujours développer de l’innovation. Tel n’est pas le cas pour toutes les PME qui doivent pourtant grandir et augmenter la qualité de leurs produits. Plus la taille de l’entreprise est petite, moins les dirigeants maîtrisent l’innovation, dispositif contraignant, qui est pourtant au cœur de leur stratégie.
Au-delà des soutiens financiers pour aider à lancer des projets et des textes pour accompagner la création d’entreprise (Dutreil…)qui existent déjà en grand nombre, il convient surtout d’insister sur la nécessaire fluidité entre la situation d’étudiant, de chercheur ou de professeur et le monde professionnel qui peut permettre aux entreprises de grandir tout en procurant un débouché aux jeunes diplômés chercheurs.