« Protéger le salarié pour libérer l'emploi »
par Francis Vercamer, député du Nord, porte-parole du groupe UDF sur les questions sociales
Comme trop souvent dans notre pays, l'hémiplégie frappe sans discernement les acteurs du débat public. Et il n'y a pas que les seuls politiques à en avoir été atteints. Le débat sur l'emploi, trop longtemps, n'y a malheureusement pas échappé. Pour les uns, l'entreprise reste un lieu d'exploitation. Pour les autres, la législation sociale demeure un risque de perdition. Résumer ainsi l'actuel débat français sur le sujet, en ce début de XXIe siècle, est à peine caricatural.
Ainsi est-il à ce point difficile d'admettre, pour les uns, que l'entreprise, pour se développer, doit bénéficier de la souplesse nécessaire pour s'adapter aux évolutions de son marché, et aux initiatives de la concurrence ? De la même manière, pour les autres, est-il tellement inconcevable de convenir qu'il est nécessaire de rassurer le salarié sur son avenir, lui redonner d'abord confiance, pour espérer ensuite une meilleure croissance ?
Accompagnement personnalisé. De ce point de vue, tout n'a effectivement pas été tenté et l'UDF, par le biais de ses députés, formule depuis plusieurs années, avec pragmatisme, une série de propositions destinées à protéger le salarié, pour mieux conforter l'entreprise et libérer l'emploi. Protéger le salarié, avant tout contre le sentiment qu'une fois au chômage c'est toute la vie qui s'arrête, que tout est "foutu". Statut du travailleur, sécurisation des parcours professionnels, sécurité sociale professionnelle... peu importe les termes, c'est le contenu qui compte.
D'abord, développer les moyens humains d'un service public de l'emploi capable de se mobiliser autour d'un chômeur suffisamment indemnisé, pour l'accompagner de manière personnalisée dans sa recherche d'emploi. Il y a là une étape que nous n'avons pas encore franchie. Ensuite, dans un pays où culturellement tout un chacun s'identifie par sa profession, donner à tous une véritable seconde chance de rebondir dans une nouvelle carrière, un nouveau métier avec par exemple un chèque formation disponible dès la sortie du système scolaire, d'un montant inversement proportionnel au niveau de formation. La protection de l'emploi passe en effet désormais par la reconnaissance de droits sociaux qui touchent la personne et non plus seulement le salarié.
Par ailleurs, rendre le travail payant, voire très payant, en encourageant la reprise de l'emploi dans l'année qui suit l'entrée au chômage, par le biais d'une prime significative qui aura pour avantage de déplacer le seuil d'acceptabilité d'un nouvel emploi, qui aurait pu paraître, à première vue, peu intéressant du point de vue du salaire, mais rendu attractif grâce à cette prime. Enfin, chacun sait que le financement, dans notre pays, des droits sociaux par le travail constitue une particularité française inadaptée. Cela renchérit le coût du travail, ce qui n'aide pas nos entreprises dans la compétition internationale. Pour nécessaires qu'elles soient, les exonérations de charges n'échappent pas au phénomène des effets de seuil. Aussi doit-on trancher une fois pour toutes le débat sur la TVA sociale : oui ou non y a-t-il lieu d'asseoir tout ou partie du financement de la protection sociale sur la consommation ? Si ce n'est pas la consommation, peut-on imaginer une autre base ?
En protégeant ainsi le salarié, on conforte l'entreprise, qui assure sa pérennité en jouant son rôle qui est d'investir, d'innover et de commercialiser ses produits au meilleur prix, tout en créant des emplois. Les meilleures politiques d'aide à l'embauche n'auront aucun effet sur une entreprise à la traîne face à sa concurrence. Nos entreprises embaucheront parce qu'elles gagnent des marchés avec des produits innovants et de qualité. A cet égard, il faut encourager la logique des pôles de compétitivité, en développant au niveau des bassins d'emplois des synergies appuyées par les pouvoirs publics, entre recherche, universités et entreprises. Dans ce domaine, c'est une priorité qu'il faut accorder aux bassins d'emplois touchés par la désindustrialisation, qui sont les plus frappés par le chômage. La solidarité nationale exige que sur ces territoires, qui ont contribué à l'essor industriel de notre pays, l'Etat concentre des moyens exceptionnels pour faciliter l'implantation de nouvelles activités.
En protégeant ainsi le salarié, on libère enfin l'emploi, d'autant plus accessible qu'on aura déverrouillé les conditions d'accès à certains métiers excessivement réglementés, et ouvert les portes du monde du travail à l'ensemble de nos concitoyens, sans discriminations, en assurant l'égalité des chances à l'embauche. Dans la compétition internationale, soyons convaincus que la qualité de notre système de formation initiale et continue et l'expérience et les savoir-faire tirés de notre histoire industrielle, combinés aux mesures décrites ci-dessus, sont autant d'atouts qui profiteront aux entreprises, aux salariés et à l'emploi.
Choix budgétaires difficiles.Evidemment plusieurs de ces politiques ont un coût, ce qui implique des choix budgétaires difficiles. Ce coût, c'est toute la société qui doit en avoir conscience, comme elle doit avoir une perception claire des buts à atteindre, pour mieux les partager, et consentir aux efforts qu'ils demandent. C'est pourquoi la mobilisation pour l'emploi ne doit pas seulement être gouvernementale (c'est bien le moins qu'on puisse attendre de nos ministres !) : elle doit être nationale. De ce point de vue, une ambition, aussi juste soit-elle, ne se décrète pas : elle se partage. L'urgence n'est ni de nous caler sur des modèles étrangers ni de marquer des ruptures dans la solidarité. Il s'agit de proposer un plus à ceux qui cherchent à s'en sortir ou à progresser. En cela, le défi qui se pose à nous tous est bien davantage d'imaginer un nouveau modèle français.