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La question du financement des retraites constitue un enjeu majeur qui conditionnera l'ensemble de la vie économique et sociale de la France au cours des décennies qui s'annoncent. La nécessité d'une réponse appropriée contraste avec l'immobilisme pratiqué par le gouvernement Jospin durant cinq années. La réforme sera d'autant plus brutale qu'elle interviendra tardivement, alors que la quasi-totalité des pays développés a déjà mis en place un système adapté au choc démographique.
Un âge d'or en passe d'être révolu
Le système des retraites français a connu un succès incontestable dans les dernières décennies du XXème siècle, lorsque vieillesse n'est plus devenu synonyme de pauvreté. La couverture assurance-vieillesse a progressivement été étendue à toutes les catégories professionnelles et la conjonction d'une conjoncture économique favorable et d'un contexte démographique positif (classes creuses arrivées à la retraite, enfants du baby-boom entrant sur le marché du travail) a conduit à une situation remarquable : la quasi parité actuelle entre le revenu moyen des actifs et celui des retraités. Ce sont actuellement plus de 1000 milliards de francs de prestations vieillesse qui sont versées annuellement, soit 12% du PIB. Mais cet âge d'or est en passe d'être révolu, la date fatidique étant l'année 2006, à partir de laquelle le renversement démographique rend la gestion du système des retraites autrement plus difficile.
Des besoins de financement
Les besoins de financement vont être considérables, d'autant plus que le ratio retraités/cotisants doit connaître une progression " dramatique " d'ici 2040, passant de 4/10 à 7/10, soit un quasi-doublement de la proportion des bénéficiaires par rapport aux financeurs essentiels des retraites que sont les actifs âgés de 20 à 60 ans. L'allongement de la durée de la vie, très net depuis un demi-siècle, renforce encore les déséquilibres à venir : alors que la vie d'un retraité était inférieure à 10 années en 1970, celle-ci devrait atteindre 23 ans en 2030/2040.
Il est nécessaire d'engager une réforme dans le sens d'un allongement progressif de la durée de cotisations et d'une harmonisation des systèmes (public/privé essentiellement). Le gouvernement Balladur avait osé mettre en œuvre un premier ajustement en faisant passer la durée de cotisation de 37,5 à 40 années pour les salariés du secteur privé. Cette mesure doit être généralisée, étendue aux fonctionnaires, et vraisemblablement progressivement complétée par un allongement jusqu'à 42 années de cotisations.
Le taux d'activité
Un indice, parmi d'autres, distingue la France de ses voisins : le taux d'activité, particulièrement faible, dans la mesure où les différents dispositifs de préretraite mis en place au plus fort de la crise économique ont conduit à un abaissement net de l'âge effectif de cessation d'activité (57 ans en moyenne). Cet aspect renforce l'aggravation du ratio retraités/cotisants. Il est nécessaire de favoriser au contraire le maintien des travailleurs "âgés " en activité par une politique volontariste de formation professionnelle destinée spécifiquement à l'adaptation de ces travailleurs plus anciens aux métiers contemporains.
"Retraite à la carte"
Plus généralement, il s'agit de mettre en place un système moins rigide, une sorte de " retraite à la carte " encourageant le maintien en activité des travailleurs plus âgés par un système plus incitatif financièrement. Quant à ceux qui ont commencé à travailler très tôt, la liquidation pleine de la retraite doit être possible à partir des 160 trimestres de cotisation, quel que soit l'âge du requérant (c'est-à-dire même avant 60 ans).
Retraite par capitalisation
Le système de répartition en vigueur dans le système français assure une solidarité entre les générations mais aussi entre les catégories sociales. Il doit être consolidé du fait de ses vertus redistributives. Néanmoins les dispositifs de retraite par capitalisation doivent être développés par une réforme de grande ampleur négociée avec le patronat et les autres partenaires sociaux. L'épargne salariale doit être encouragée par des mesures fiscales favorables.
Une crise annoncée
L'inertie quinquennale du gouvernement Jospin témoigne d'une absence de courage politique à laquelle il est nécessaire de mettre fin. La crise annoncée du financement des retraites est à double détente : financière (par l'explosion des déficits sociaux à moyen terme en l'absence de réforme) et sociale, dans la mesure où le maintien du statu quo (inégalité de traitement en faveur du secteur public) nuit profondément à la solidité du contrat social.
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