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40ème anniversaire du Traité de l'Elysée

 

Disours prononcé le vendredi 24 janvier à l'Espace Tête d'or en présence de Marie Noëlle Lenoir, ministre des Affaires européennes et de Monsieur le Secrétaire d’Etat du Bade-Wurtemberg.



C’est pour moi une grande joie d’être avec vous ce soir pour célébrer le 40e anniversaire du traité franco-allemand, dit traité de l’Elysée. Le faire ici à l’invitation de l’institution régionale, à un double sens :

- Lyon et la région Rhône-Alpes font partie de ces lieux chargés de la mémoire de nos conflits passés, pouvant, par là, porter avec force le message de notre réconciliation opérée depuis plus d’un demi-siècle.

- C’est aussi affirmer que ce traité intergouvernemental fait partie du patrimoine commun des hommes et des femmes de nos deux pays. Comme le disait fort bien Jean Monnet "rien n’est possible sans les hommes, rien n’est durable sans les institutions". A l’occasion de cet anniversaire, nous devons lui donner un nouveau souffle pour qu’il guide notre action en Région Rhône-Alpes et dans nos échanges avec nos partenaires allemands.



1. Rien n’est possible sans les hommes, aussi doivent-ils être formés, et bien formés.

C’est là une compétence naturelle pour un Land allemand. Chez nous, il aura fallu attendre les années 1980 pour que la Région reçoive la compétence sur l’immobilier des lycées et de l’apprentissage, ainsi qu’une partie de la formation continue.
En Rhône-Alpes, conscient de notre chance de disposer d’une jeunesse nombreuse avec 35% des habitants de moins de 25 ans, nous sommes allés bien au delà des compétences légales.
Madame le Ministre, nous avons visité le lycée Edouard-Herriot, établissement prestigieux de Lyon. Inauguré l’an dernier, il est un bel exemple de l’effort financier de la Région pour rénover près de 150 établissements en trois ans, avec un budget de 150 M € par année.
Nous avons également souhaité que la formation offerte aux Rhônalpins soit la plus ouverte possible. Avec le Passeport Pour l’Etranger Pour un Stage en Entreprise (P.E.P.S.E.) destiné aux lycéens, aux apprentis, et les bourses régionales d’incitation à la mobilité internationale des étudiants, la Région Rhône-Alpes a choisi de compléter avec force les programmes communautaires existant par ailleurs. Son effort équivaut à celui de toutes les autres Régions françaises réunies.
Au total, ce sont ainsi plus de 6 000 jeunes Rhônalpins qui partent pour l’étranger grâce à ces bourses dont 400 en direction de l’Allemagne.

Ouverte, la formation l’est aussi dans son cursus : l’apprentissage est devenu une voie d’excellence pour 126 000 Rhônalpins, menant pour certains jusqu’à l’enseignement supérieur et aux diplômes bac + 5. Nous avons copié, par une sorte de benchmarking, ce que faisaient nos collègues du Bade-Wurtemberg. Chaque année, nos partenaires allemands sont d’ailleurs présents au Mondial des Métiers, rendez-vous incontournable de la formation et de l’orientation en Rhône-Alpes.

Je me réjouis qu’un nombre significatif de ces échanges se fassent avec l’Allemagne, comme le souhaitait le traité de 1963 : je suis convaincue qu’ils sont essentiels pour l’avènement de l’euro-citoyen que vous appelons de nos vœux.
Deux domaines cependant méritent notre attention pour améliorer les résultats obtenus. Il s’agit de l’enseignement de nos langues respectives, en recul depuis quelques année et des échanges culturels qui restent à un niveau trop faible au regard de la richesse culturelle de nos deux régions.



2. Bien formé, l’homme est la principale richesse de nos économies interdépendantes et, comme tel, est au centre de nos dispositifs.

C’est ainsi qu’avec notamment ses deux incubateurs CREALYS et GRAIN, complétés par le dispositif 1001 Talents et du capital-risque, Rhône-Alpes se place au premier rang de la création d’entreprises en France après Paris. Moteur de l’économie, la recherche est dotée, cette année, d’un budget régional en hausse de 20% par rapport à 2002, soit une augmentation de 60% en trois ans.
Dans la mesure où l’ouverture de nos entreprises est un facteur de leur développement, le TGV Rhin-Rhône qui doit relier Lyon à Stuttgart, Rhône-Alpes a souhaité accompagner les P.M.E.-P.M.I. dans leur démarche vers l’export.
Entreprise Rhône-Alpes International (E.R.A.I.) constitue un outil original et performant, offrant de nombreuses bases de départs aux P.M.E.-P.M.I. désireuses de conquérir des marchés étrangers. Son antenne de Stuttgart est un lieu privilégié de coordination des efforts allemands et français pour favoriser nos échanges économique qui aujourd’hui font de l’Allemagne le premier client de Rhône-Alpes.



3. Si former l’homme et le placer au cœur de notre politique économique est dans l’esprit du traité de 1963, nous devons aussi être attentifs à la construction institutionnelle de notre Europe réunie, en s’inspirant de ce que préconisait Robert SCHUMAN.

Celle-ci doit être au service des citoyens dans une double exigence d’efficacité et de proximité : c’est tout l’enjeu de la réforme profonde des institutions européennes sur laquelle planche actuellement la Convention présidée par Valéry Giscard d’Estaing. En France, cet enjeu se double de celui de la décentralisation. Je dirais qu’il nous faut trouver une bonne articulation entre les anciens pouvoirs (Etats, Départements, Communes) et les pouvoirs émergents (Europe, Régions, Intercommunalité) : premier défi.

Intégrer les nouveaux pays membres de l’Union tout en assurant un bon fonctionnement de celle-ci et de ses politiques, voilà un second défi pour 2003 à la hauteur de celui de l’après-1945 !
Aider les Régions de ces pays dans leur rôle de partenaires de l’Union pour la mise en œuvre des politiques de cohésion économique et sociale. C’est ce que nous faisons dans le cadre de notre coopération décentralisée avec la région du Sud-Ouest de la Hongrie et avec la Voïvodie de Malopolska en Pologne.
C’est aussi dans cet esprit que les Quatre Moteurs pour l’Europe se réunissent avec d’autres régions de l’est pour tisser de nouvelles solidarités. L’esprit des échanges entre les administrations française et allemande depuis le traité de 1963 se retrouve bien là, lorsque les administrations territoriales se rencontrent pour échanger des savoir-faire au service de la démocratie locale.

Comme l’a souvent rappelé Le Premier Ministre, la Région est le bon échelon pour redonner de la saveur à la démocratie élective et constitue un niveau particulièrement adapté pour relever le défi de la concurrence des territoires. Les Régions, qui seront plusieurs centaines dans l’Europe à 25, doivent être confrontées dans la future architecture institutionnelle.
Aussi Madame la Ministre, je me permets de vous proposer une reconnaissance institutionnelle des Régions européennes en renforçant le Comité des Régions, dont la composition doit être revue, et qui pourrait à terme saisir la Cour européenne lorsqu’il estimerait la subsidiarité bafouée au détriment des collectivités locales



Pour conclure, je dirais que le traité de 1963 peut nous servir de guide pour construire la grande Europe formée par ses 25 membres : il comporte les deux grands fondements de cette édification, l’homme et les institutions.
Un anniversaire est une commémoration : il est aussi un souhait. Celui que je formulerai est que les mois à venir soient l’occasion d’une véritable progression de l’Union européenne au service de ses citoyens, autour du couple formé par nos deux pays, moteur de toute avancée dans la construction d’une Europe réunifiée, en paix et prospère.

Je vous remercie.


 

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