La campagne est en train de prendre une tournure qui ne ferait que prêter à sourire si elle ne mettait en péril les valeurs fondatrices de notre nation républicaine.
Je veux évoquer, naturellement, la surenchère à laquelle se livrent les deux candidats réputés « principaux » autour de l’idée de nation et « d’identité nationale ».
Inquiétante annonce de la volonté de création d’un ministère « de l’immigration et de l’identité nationale » d’un côté, face à l’exhortation, aussi naïve que grotesque, à faire flotter le 14 juillet le drapeau tricolore aux fenêtres françaises.
On cite souvent l’exemple américain ; il ne faudrait pas oublier les régimes communistes qui obligeaient, il n’y a pas encore si longtemps, les habitants à fleurir leurs balcons de rouge les jours de liesse imposée.
Si tel ou tel veut faire flotter un drapeau français, quel que jour que ce soit d’ailleurs, rien de répréhensible (au contraire), mais qu’on ne l’impose pas, sinon ce qui se veut « démonstration de sentiment patriotique » se mue en démonstration du pouvoir coercitif de l’Etat, sans lien aucun avec la réalité d’un sentiment d’attachement.
Quant à la liaison savamment étudiée entre « immigration » et « identité nationale », vouloir institutionnaliser celle-ci dans la dénomination même d’un ministère constitue une manœuvre lourde de sous-entendus à laquelle l’ex-ministre de l’Intérieur nous a malheureusement accoutumé, tout tendu qu’il est dans son entreprise de captage maximal de voix à n’importe quel prix.
Cette course-poursuite à laquelle nous assistons est doublement consternante :
D’une part, comme toutes les surenchères, on ne sait pas où elle s’arrêtera et risque de susciter de nouvelles propositions, encore plus dangereuses dans leur application.
En second lieu, comme toute course-poursuite, ce processus est de nature à précipiter notre pays dans le ravin des obsessions et des passions nationalistes.
Car une chose est d’éprouver un sentiment de respect, d’affection, voire d’amour pour son pays, mais cette inclination relève de la sphère personnelle;
Une autre est de vouloir exciter le sentiment d’appartenance à une nation à travers des propositions ou des insinuations qui ne peuvent, in fine, que contribuer à la division.
Si je pense, avec François Bayrou, que les Français doivent éprouver, assez naturellement, un sentiment de fierté dans le fait d’appartenir à un pays comme la France, je désapprouve complètement ces dérives récemment constatées car je conserve une conception ouverte de notre identité nationale. Cette identité qui évolue, certes sans pour autant se diluer ni perdre sa substance.
Il ne s’agit pas de négliger les questions liées notamment à la maîtrise nécessaire des flux migratoires : mais celles-ci doivent être résolues avant tout dans le cadre d’une politique migratoire cohérente, d’ailleurs largement au niveau européen (contrôle des frontières externes de l’Union et de l’espace Schengen) et non pas dans des propositions démagogiques destinées à grapiller quelques (centaines de milliers de) voix supplémentaires.
Nous considérons néanmoins avant tout que la priorité absolue est de s’attacher à régler les problèmes auxquels les habitants de France sont confrontés : chômage, bas salaires, mal logement, pauvreté, éducation à deux vitesses,…
Tel est le projet de François Bayrou, qui, au lieu de s’appliquer à dresser une partie de la France contre l’autre ou à crisper les gens derrière une conception « fantasmatique » de l’identité, se veut œuvre de rassemblement et d’union autour d’objectifs communs, afin d’assurer le redressement effectif de la France.