L’ENA, reflet des conservatismes français
Par Anne-Marie Comparini, mardi 3 avril 2007 à 16:42 :: General :: #14 :: rss
La proposition formulée par François Bayrou ce dimanche de supprimer l’Ecole Nationale d’Administration s’apparente d’autant moins à une blague de 1er avril que le fonctionnement de cette école témoigne des blocages de notre système politico-administratif auxquels notre candidat s’attache à vouloir remédier. A cet égard, il n’est pas surprenant de constater que la belle unanimité constatée dans les discours de réaction à cette proposition ne fait qu’illustrer le conservatisme foncier des projets concurrents. Comment expliquer en effet que cette idée, qui a été défendue de manière ponctuelle par des acteurs de tout bord depuis une quinzaine d’années, de Fabius à Madelin, sans remonter au pamphlet porté par JP Chevènement et Alain Gomez dès 1967, ait été l’objet des plus dédaigneuses critiques ces derniers jours, si ce n’est par le contexte électoral qui empêche de considérer comme intéressante et pertinente une proposition, à partir du moment où celle-ci est portée par un « adversaire » ? Pertinente, cette idée l’est à plus d’un titre ; supprimer, ou du moins réformer profondément la méthode de recrutement et de formation de l’ENA, c’est engager une véritable ouverture de la haute fonction publique à des compétences diverses dont notre pays comme notre administration ont le plus grand besoin. C’est notamment lutter contre le formatage de notre élite politico-administrative dont les ravages se font sentir de manière outrecuidante depuis un quart de siècle et contribuent à la crise actuelle. Oui, la création de l’ENA en 1945 a répondu aux besoins de refondation de notre Etat et permis d’assurer une qualité incontestable de notre haute fonction publique au cours des décennies qui ont suivi. Non, il faut arrêter de faire dépendre l’accès aux privilèges exorbitants de la détention de ce diplôme à un mode de sélection inapproprié et l’élargir, sans en renier la sélectivité, à des âges plus avancés et à des publics différents, gage de diversité comme d’intégration enrichissante d’expériences et de modes de pensée autres.
Comme l’exprimait Régis Debray dans les colonnes du Monde il y a un peu plus d’un mois, avec un mélange d’ironie et d’amertume : « Ce n’est pas un sort enviable que de monter à 23 ans dans une voiture avec chauffeur pour n’en plus sortir. L’ENA, le stage en préfecture. Puis droit sur l’Elysée. Parachutage sur une circonscription. Là, on laboure un minimum. Le blanc au zinc, le marché le dimanche.(…). Ces états de service bien enchaînés font assurément une carrière (gauche ou droite), rarement un caractère ». Car, derrière la remise en cause de l’ENA, il y a la remise en cause d’un système de castes et de collusions dangereuses entre la haute fonction publique, le personnel politique et le monde économique, quelques centaines d’heureux « élus » monopolisant le pouvoir et ayant une fâcheuse tendance à se couper de la réalité et des besoins effectifs des Français : la tournure actuelle prise par la campagne témoigne de ce découplage entre les attentes des Français et le contenu de la plupart des discours de campagne. S’attaquer à l’ENA ne résoudra évidemment pas tous les problèmes, mais c’est une pierre de plus à l’édifice, patiemment élevé par François Bayrou, de réconciliation de la classe gouvernante avec les Français.
Commentaires
1. Le mercredi 4 avril 2007 à 09:37, par Hagar Dunord
2. Le mercredi 4 avril 2007 à 10:30, par philyon
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